protection des espèces menacées : le plan de sauvegarde de l’œdicnème criard dans la métropole de Lyon

Métropole de Lyon

conseil métropolitain du 30 mai 2016

rapport n° 2013 – 1243

mise en œuvre du plan de sauvegarde de l’oedicnème criard sur la plaine de l’est lyonnais

Intervention (présentation du dossier) de Bruno Charles

 

Monsieur le président,

chers collègues,

les mesures compensatoires pour la biodiversité ont fait l’objet de plusieurs débats dans cette enceinte, plusieurs de leurs collègues s’étant fortement émus du coût trop important de ces mesures.

Le dossier qui nous est présenté ce soir nous permet d’avoir un exemple de ce qu’il possible de faire, lorsqu’on anticipe et que l’on peut réunir toutes les parties prenantes, pour concilier les différents enjeux, que ce soit le logement, l’activité économique ou l’agriculture avec la préservation des espèces menacées.

Il porte sur un drôle d’oiseau, l’œdicnème criard. Il est aussi appelé courlis de terre. Cette espèce a cette particularité de faire son nid directement sur le sol, ce qui le rend particulièrement vulnérable.

Les effectifs européens et français sont en déclin. Les principales menaces pour l’espèce sont la destruction de ses habitats à cause d’une homogénéisation des paysages (disparition des friches et des landes rases). S’y ajoute la raréfaction des proies en raison de l’évolution des pratiques agricoles : efficacité des insecticides, fauches et moissons de plus en plus précoces.

L’espèce est donc protégée au titre de la Convention de Berne ou de la directive oiseaux. Le Conseil national de protection de la nature (CNPN) impose, pour l’œdicnème criard, la recréation de son milieu naturel d’une surface 3 fois plus importante que celle détruite, ce qui pose des difficultés à la fois de maîtrise foncière et de gestion environnementale à long terme.

Cela signifie concrètement que pour 1 ha de terrain utilisé lors d’une opération quelconque, il faudrait en théorie reconstituer 3 ha de terrain favorable à la nidification de l’espèce dans l’espace de la métropole. Vous en convenez que ce serait un exercice difficile. C’est précisément ce que nous permet d’éviter la mise en place d’un plan local de sauvegarde pour cette espèce.

La Communauté urbaine de Lyon a ainsi approuvé en décembre 2014, et mis en œuvre depuis cette date, un plan local de sauvegarde de l’œdicnème criard, sur le territoire de la plaine de l’Est lyonnais. Ce plan est porté par la Métropole de Lyon avec d’autres partenaires, les Communautés de communes de l’Est lyonnais (CCEL) et du Pays de l’Ozon (CCPO) et la Communauté d’agglomération Porte de l’Isère (CAPI), et animé par 2 associations de protection de la nature : la Ligue de protection des oiseaux (LPO) du Rhône et l’Association Porte de l’Isère environnement (APIE).

Ce plan a été validé par le Comité scientifique régional de protection de la nature (CSRPN), le 12 novembre 2013, s’articule autour de 2 mesures phares : d’une part, la protection de l’espèce dans les espaces agricoles tant en préservant  l’usage agricole : les nids sont signalés par des piquets dans les champs, que l’agriculteur s’engage à éviter, ce qui permet la reproduction de l’espèce.

D’autre part, le maintien de l’espèce au sein des zones aménagées en organisant des sites favorables à sa reproduction dans un ratio de un hectare par tranche de 30 hectares aménagés.

Grâce à ce plan local de sauvegarde, nous passons donc d’une obligation de compensation de 3 hectares reconstitués pour un aménagé, à une obligation de 1 ha reconstitué pour 30 aménagés.

Tout le monde y trouve son compte, en premier lieu les agriculteurs qui peuvent poursuivre leur activité et la chambre d’agriculture m’a personnellement témoigné qu’elle tenait à la pérennité de ce plan, les aménageurs également, et bien sûr l’espèce et les associations de protections de la nature.

Alors, pour conclure, je pense qu’il faut que nous franchissions une nouvelle étape. Dans le mandat précédent, nous ont fait des progrès très importants dans la connaissance de notre patrimoine naturel végétal, en particulier par le recensement de toutes les espèces végétales sauvages présentes dans le territoire de la métropole, avec leur géolocalisation et la mise en place d’un système d’information géographique sur le site du conservatoire botanique du Massif central.

Le PLU-H dont nous arrêterons le projet en décembre prochain a fait des progrès considérables dans la prise en compte des continuités naturelles, les trames vertes et bleues et de la biodiversité végétale.

Nous devons aujourd’hui faire un saut qualitatif comparable avec les espèces animales protégées et passer d’une vision au coup par coup, que la métropole ne maîtrise pas forcément puisque ce sont les aménageurs sur qui porte l’obligation de mise en œuvre des mesures compensatoires, et qui peuvent parfois aboutir à des dossiers critiquables, à une vision intégrée ou la connaissance de la biodiversité permettra d’anticiper, de concilier les différents intérêts en présence. Et bien sûr à conduire une politique de préservation de la biodiversité compatible avec des coûts raisonnables pour notre collectivité.

 

Et si vous me permettez, que le courlis survive dans notre métropole est bien la moindre des choses !

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