Pourquoi les collectivités doivent-elles adopter les logiciels libres ?



Intervention faite lors du conseil de la métropole de Lyon du 30 janvier 2017

A l’occasion de cette délibération, nous appelons à une réflexion sur notre système informatique et bureautique. Il nous semble que les enjeux en termes non seulement de coût, mais aussi de sécurité, de conservation de la mémoire de notre institution et enfin de l’impact de nos consommations sur le tissu économique local ne sont pas évalués correctement.

1- en premier lieu, nous achetons encore pour 100 000 € de licences bureautiques pour des logiciels dont les alternatives libres et gratuites existent. Nous ne connaissons pas le coût total des licences pour notre collectivité, mais il se chiffre en millions d’euros de dépenses évitables. Si on rajoute les communes de l’agglomération dans notre calcul, ce sont sans doute des dizaines de millions d’euros dépensés inutilement.

2- concernant la sécurité de nos données ensuite. Il ne vous a pas échappé que la semaine dernière, le nouveau président des États-Unis a signé un décret privant de protection les données stockées aux États-Unis des nons-américains. Or, nous utilisons dans notre institution un ensemble de logiciels issus de multinationales américaines, les fameux GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) dont les données sont stockées dans le monde entier mais beaucoup aux États-Unis. Autant dire que nous n’avons aucune maîtrise sur la sécurité de nos données. C’est aujourd’hui un enjeu autant de sécurité qu’économique. Nous devons cesser de faire les autruches.

3- en l’absence de réflexion sur les formats des fichiers que nous conservons, nous n’avons réalité plus la maîtrise de la mémoire de notre institution. En changeant de format, Microsoft ou Google peuvent rendre inutilisable les données que nous avons conservées depuis des années. . Seuls des formats libres nous donnent aujourd’hui une garantie supérieure dans le temps. Nous mettons notre mémoire au mains de multinationales, nous pourrions un jour le regretter.

4- enfin, même si la migration vers des logiciels libres ne se traduit pas forcément par une économie immédiate, nous préférons payer des informaticiens locaux pour adapter les logiciels libres existants à nos besoins, plutôt que payer la rente des actionnaires de Microsoft. Nous souhaitons que notre dépense publique privilégie les entreprises locales, et les dépenses informatiques n’y font pas exception.

Ajoutons que si nos collectivités se mettaient de concerts aux logiciels libres, ils offriraient de fait à tous nos concitoyens des suites logicielles performantes et libres dans tous les domaines. Ce serait là encore une économie considérable pour toute notre communauté.

Enfin, notons ce domaine la faiblesse de la réflexion, au Grand Lyon comme ailleurs, sur le recyclage du matériel informatique. Dans une déclaration de 2015, Interpol considérait que 70 % des DEEE part dans la nature et alimente le crime organisé. Notons là encore que l’adoption du système Linux permet de doubler en moyenne la durée de vie des appareils. Là encore, la consommation responsable devrait être notre règle, mais l’ensemble des coûts n’est pas pris en compte et les économies que l’on croit réaliser se traduise par des coûts bien plus importants en aval.

Nous risquons de payer cher notre absence de réflexion collective, et nous souhaitons que le débat ne soit pas seulement technique mais politique. Nous voulons être une métropole intelligente, alors nous ne devons pas être une institution vulnérable.

2 Réponses

  1. Merci pour l’intervention Monsieur Charles 🙂
    Il existe de très bons modèles économiques autour des logiciels libres et de l’opensource. Pour les collectivités, la mutualisation de la demande est un axe intéressant, mais il faut qu’il soit comprit (expliqué) et intégré dans politique volontaire et participative.
    Cette année, es rencontres mondiales du logiciel libre (RMLL) auront lieu à St Etienne 1° semaine de juillet…
    Il y aura des conférences, des stands, des concerts, des assos et entreprises et surtout beaucoup de citoyens qui pensent (et expliquent) que le numérique peut être libre, ouvert et respectueux (environnement compris).
    bye
    fa

  2. Une bonne illustration de ce qui peut etre fait avec les logiciels libres, l’opensource dans les collectivités. Ville d’Arles !
    http://www.openmairie.org/actualites/france-3-journal-televise-regional-du-25-janvier-2017-arles-et-les-logiciels-libres
    fa

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *