Pour la disparition de la ville de Lyon

Conseil du 7ème arrondissement de Lyon
Séance publique (visioconférence) du 9 juin 2020

Madame la maire, chers collègues,

Je profite de cette dernière délibération pour vous dire au revoir. Mais sans tristesse. 12 ans dans un même endroit, dans une même fonction, c’est une tranche de vie et c’est déjà beaucoup. Permettez-moi de vous dire le plaisir que j’ai eu à travailler pendant ses deux mandats avec les deux équipes qui se sont succédées.

Permettez-moi aussi de témoigner par-delà les divergences et les différences, du dévouement évident de toutes et de tous au bien public, et d’ailleurs majorité comme opposition, et de témoigner, quand bien souvent les élus sont aujourd’hui décriés, de saluer le temps passé, souvent au détriment du temps personnel ou du temps familial par chacune et chacun au service des habitants, pour résoudre les problèmes quotidiens de notre arrondissement.


Je suis fier d’avoir été au service d’un arrondissement qui reste populaire et métissé, ce qui devient rare dans les centre-villes embourgeoisés, gentrifiés. On pourrait dire que le désordre du monde déborde parfois dans notre arrondissement. Mais plus qu’ailleurs, je crois que le 7ème justifie ces paroles du pasteur Martin Luther King : “ Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots.”

Par-delà les convulsions politiques que nous vivons, et qui sont en réalité lilliputiennes si on prend un peu de recul, nous sommes en train de vivre une sacrée transition. Pour ceux qui comme moi aiment l’histoire et les grands discours politiques, je vous recommande la lecture du discours d’investiture de JohnFitzgerald Kennedy qui commence par ces mots « une nouvelle génération a pris le pouvoir ». Et c’est ce que nous sommes en train de vivre : une nouvelle génération est en train d’arriver aux portes du pouvoir. La génération Kennedy, c’est celle des boomers qui est en train de partir. C’est la génération qui a connu la plus grande progression de la prospérité et de l’espérance de vie dans l’histoire humaine. Malheureusement, cela s’est fait au détriment des équilibres écologiques de notre planète et nous savons aujourd’hui que nos modes de vie sont insoutenables. Il appartient donc à la génération qui arrive de trouver les solutions pour maintenir la qualité de vie acquise tout en revenant dans les limites de la planète.

Je viens à notre dossier, à notre délibération. Nous avons été plusieurs à dire lors des exercices précédents la grande faiblesse du budget de l’arrondissement. Notre organisation institutionnelle est encore celle de l’ancien monde et il faudra la faire bouger. La création de la métropole en a été un premier acte, permis par les circonstances politiques. Si hier la communauté de destin était la commune, c’est aujourd’hui la métropole, peu importe qu’on habite à Oullins, à Meyzieu ou dans le 7ème arrondissement de Lyon.

Mais, face à cette collectivité superpuissante qu’est la métropole, il faut un échelon de proximité dont les pouvoirs soient considérablement renforcés. L’arrondissement dont nous avons fêté les 100 ans reste – malgré cet âge vénérable – juridiquement un mineur : il n’est pas doté de la personnalité juridique. Et c’est un nain budgétaire dont témoigne la modicité de l’état spécial qui nous est soumis.

Alors bien sûr je voterai cet état spécial, je n’ai aucun doute sur le bon usage des deniers publics qui a été fait. Mais il faudra un acte 2 de la réorganisation institutionnelle : il faut que les arrondissements deviennent des quasi mairies de plein exercice.

Et de fait, entre une communauté de destin qui est la métropole et un échelon de proximité au pouvoir largement renforcé qui est l’arrondissement, c’est la ville qui devra disparaître. Cela prendra sans doute encore quelques années mais je suis convaincu que cette évolution institutionnelle est inévitable.

Alors pour conclure, merci pour ces années passées avec vous et bonne chance à ceux qui nous succéderont dans les défis qui sont devant eux.

Merci à vous

Bruno Charles
le 9 juin 2020