L’organisation du territoire dans la métropole lyonnaise permettra-t-elle une vie digne et saine pour les générations futures ?

Intervention faite lors du conseil métropolitain du 10 novembre 2016 pour le compte du groupe Europe Ecologie

Monsieur le Président, cher-e-s collègues,

Il nous est proposé dans cette délibération d’approuver la « grenellisation » du schéma de cohérence territorial (SCOT) voté en 2010. Vous vous en doutez, nous l’approuverons.  Mais, parce que nous avons quelques inquiétudes sur l’avenir, nous voulons utiliser ce moment pour en faire le bilan au bout de 6 ans.

Pour évaluer les documents de planification, notre grille de lecture est celle-ci : l’organisation du territoire que nous mettons en œuvre permettra-t-elle une vie digne et saine pour les générations futures ? Lors de son adoption, nous avions salué et voté les orientations du SCOT, qui vont dans le bon sens. Il est important aujourd’hui d’examiner si ces orientations ont été suivies d’effets. Et nous sommes heureux de constater que les résultats sont déjà là et ils sont bons :

– dans le domaine du logement,
L’objectif était de produire 7500 logements par an. Sur la période, la moyenne, bien supérieure, est à 9700 logements par an. Concernant le logement social, l’objectif était de produire 2500 à 3000 logements sociaux chaque année avec une part significative de logements à vocation sociale forte.
Entre 2010 et 2016, ce sont 4500 logements sociaux qui ont été financés chaque année, dont 73 % en PLUS et PLAI.
Notons également que pour limiter l’étalement urbain, 96 % de l’offre nouvelle de logements s’est faite en renouvellement urbain et seulement 4 % en extension urbaine.

– dans le domaine des transports, de l’énergie et des émissions de gaz à effet de serre, la tendance est bonne également.
Concernant les transports, les chiffres sont très intéressants :
– 6 points de part modale pour la voiture en dix ans (de 52 % à 46 %),
+ 4 points de l’usage des transports en commun,
+ 2 points de la marche à pied. Et les tendances accélèrent, puisque les points de comptage des vélos dans l’agglomération enregistrent des hausses très fortes.
Concernant les émissions de gaz à effet de serre, elles ont baissé de 10 points au cours de la période 2008/2013 et j’espère, si le prochain gouvernement ne réduit pas à néant les efforts des villes, que cette tendance va s’accélérer.

– en ce qui concerne la protection des espaces agricoles et naturels,
Dans ce domaine, les résultats sont contrastés avec des inquiétudes sur l’avenir.
Point très positif, pendant la période, plus de 12 000 ha de terres agricoles ont reçu une protection juridique forte, PENAP (dont 9000 sur la seule métropole).
D’autre part, le travail sur les corridors écologiques réalisé par l’agence urbanisme et le SEPAL, dont je souhaite saluer la qualité, a été intégré au projet de révision du PLU.
En revanche, nous constatons que l’objectif du SCOT de maintenir la répartition entre espaces urbanisés et espaces naturels et agricoles est menacé. En effet, si l’étalement urbain été contenu dans le domaine du logement ou des terrains destinés à l’activité économique, c’est la création de nouvelles infrastructures qui a consommé le plus de terrains naturels, notamment le Grand Stade et les liaisons routières et autoroutières.
Or nous avons encore devant nous plusieurs grands projets inutiles qui risquent d’artificialiser des terrains naturels et d’aggraver la situation écologique de notre territoire. Je pense bien sûr à ce projet absurde qu’est l’A45, mais aussi au projet d’anneau des sciences, qui pour nous relève d’une vision du passé.

Plusieurs autres points demeurent problématiques : la préservation de la ressource en eau, la pollution atmosphérique et la pollution sonore.
Si les périmètres de captage de l’eau potable sont bien protégés, le renouvellement de la ressource est incertain du fait de l’accélération du réchauffement climatique. Dans l’avenir, des conflits d’usage sont à prévoir.
Concernant la pollution atmosphérique, si la qualité de l’air s’est améliorée (baisse notable des oxydes d’azote et des PM10 entre 2010 et 2015) et si le Plan Oxygène va maintenant monter en charge, nous pensons que nous devons aller plus vite et plus fort tant l’enjeu de santé publique est important.
Enfin notons qu’une proportion très importante de nos concitoyens sont soumis à des normes de pollution sonore supérieures aux normes européennes et que nous n’agissons pas assez en ce domaine.

En résumé, la tendance est bonne .
Le travail partenarial d’élaboration du Scot a permis de faire émerger une vision commune entre différentes parties prenantes de notre agglomération.
Mais aujourd’hui nous avons quelques raisons d’être inquiets : cette vision commune est remise en cause sur les bancs de cette assemblée pour des raisons qui nous semblent relever plus de la posture politique que de l’analyse et de la prospective urbaine.
Nous avons lu et entendu la droite contester l’objectif de densification urbaine, en associant la densité au stress urbain et à la ville invivable. Il faut remettre les choses dans le bon sens : la ville dense, ce n’est pas la ville des grandes barres d’immeubles et des centres commerciaux périphériques que l’on a construit dans les années 70. Au contraire c’est une rupture avec cette vision fonctionnaliste issue de la charte d’Athènes, adaptant la ville à l’automobile.
La ville dense, ou si l’on préfère la ville des courtes distances, c’est une ville l’on trouve près de chez soi les commerces et les services de proximité dont on a besoin. C’est une ville avec des quartiers vivants.
La ville dense, c’est une ville où on ne passe pas deux heures dans les bouchons tous les jours pour aller au boulot,
La ville dense, c’est une ville où les habitants ont accès à des lignes fortes de transport en commun, puisqu’il faut un minimum de densité pour que ces lignes soient rentables,
La ville des courtes distances, c’est aussi une ville où chacun trouve près de chez soi des espaces naturels et des espaces verts,
La ville dense, c’est une ville où la pollution atmosphérique a diminué, puisque les immeubles consomment moins d’énergie pour se chauffer et que les déplacements se font beaucoup plus à pied ou par des modes actifs comme le vélo.
C’est une ville où la santé physique et mentale est meilleure pour tous, pas seulement pour ceux qui ont les moyens de se payer des logements dans les quartiers riches et préservés.

Or, que nous dit aujourd’hui le groupe des Républicains, notamment par la voix de son président dans la presse lyonnaise : nous ne voulons pas de la densité, nous préférons l’étalement urbain. Autrement dit nous préférons la ville du tout voiture, des lotissements dortoirs, de la précarité énergétique.
Alors certes l’exemple vient d’en haut, puisque « l’environnement ça commence à bien faire » et que le nouveau président républicain des États-Unis a même promis carrément de supprimer l’agence fédérale pour l’environnement. Pourtant si l’on regarde là-bas aussi, les villes et quelles que soient leur couleur politique résistent à cette vision folle et se sont engagées dans les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Alors les orientations du Scot vont dans le sens d’une meilleure sobriété de l’agglomération. Nous pensons pour notre part que l’accélération de la crise écologique globale devrait nous conduire à aller plus vite et plus fort dans la transition.
Revenir en arrière serait un crime contre les générations futures et donc contre nos enfants.

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