l’Italie, laboratoire politique de l’Europe ?

La politique italienne a souvent été une préfiguration des évolutions de la politique dans les autres pays européens. Aujourd’hui encore, l’alliance monstrueuse entre la Ligue du Nord raciste et le mouvement « cinq étoiles » me semble être la première traduction concrète des mouvements telluriques de la politique européenne.

Nous assistons à une reconfiguration de l’axe structurant de la politique, qui n’est plus une axe gauche/droite, conservateurs/progressistes mais un nouvel axe mettant d’un côté ceux qui continuent à penser que la globalisation économique est positive et ceux qui veulent une limitation de la mondialisation et un retour au « local ». Ce mouvement est à l’œuvre depuis plusieurs années.

Pour autant, ces deux modes de relocalisations s’affrontent sur l’essentiel : l’acceptation ou le refus de l’universalisme. J’avais déjà traité ce sujet sur mon blog fin 2016. http://brunocharles.org/2016-lannee-du-blast-et-laffrontement-politique-des-deux-relocalisations/

Aujourd’hui, l’Italie connaît un rapprochement entre les deux clans qui réfutent la mondialisation. La Ligue du Nord s’inscrit dans les mouvements populistes xénophobes européens, tandis que de l’autre côté, malgré une doctrine beaucoup plus confuse, le leader du mouvement cinq étoiles se revendique de l’influence de penseurs écologistes comme Ivan Illich.

Force est de constater que les reconfigurations deviennent concrètes et opérationnelles. Et pour nous, écologistes, cela doit être une base de réflexion stratégique.

Notre job n’est pas d’offrir une nouvelle incarnation à la gauche, et de se plaindre sempiternellement que la gauche reste productiviste, mais d’offrir une pensée de la relocalisation qui offre des solutions à la crise écologique tout en restant universaliste et ouverte sur le monde. C’est même à mon avis la seule manière efficace de lutter contre la progression de l’extrême-droite. Essayer de continuer à maintenir en vie de l’axe gauche/droite nous voue à une disparition certaine, en constatant d’une part notre impuissance à porter des réponses à la crise écologique et d’autre part notre inutilité sur le champ politique.

Au contraire, refonder une pensée universaliste à partir du local offre un nouvel horizon à la politique européenne, et aussi des alternatives concrètes cohérentes avec les combats que nous avons menés jusqu’à présent. Nous devons refonder l’économie, mais aussi la culture et l’ identité en conciliant un ancrage, une histoire locale et une pensée universelle.

Alors, la véritable alternative politique que nous pouvons apporter n’est pas d’être de gauche -même si nous conservons bien évidemment les valeurs de justice sociale – mais de reconstruire l’universel par le local. Comme le dit si bien le poète portugais Michel Torga « l’universel, c’est le local moins les murs ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *