Le futur plan local d’urbanisme de la métropole lyonnaise est-il compatible avec une transition écologique de notre territoire ?

Intervention faite lors du conseil de la métropole de Lyon le 11 mai 2015

Monsieur le président,
Chers collègues,

Juger des grandes  orientations de notre futur PLU-H, c’est d’abord juger de leur adaptation au contexte qui sera le nôtre dans les années à venir.  Et de ce point de vue, les rapports scientifiques se multiplient et convergent pour dire que nous allons vivre des grands bouleversements, dus à une accélération des phénomènes écologiques qui vont conjuguer leurs effets :

  • dans le domaine climatique, quel que soit le résultat de la COP 21 en décembre à Paris, il ne s’agit plus d’arrêter le réchauffement, mais de le limiter et d’adapter autant que faire se peut notre tissu urbain,
  • dans le domaine énergétique, malgré le yoyo actuel du prix du pétrole, nous allons dans les prochaines années entrer pour de bon dans la phase de raréfaction des énergies fossiles et des matières premières, ce qui va rendre inadaptée la forme urbaine issue du 20ème siècle et de la Charte d’Athènes.
  • Dans le domaine agricole, le mauvais état d’une grande partie des terres fertiles dans le monde va provoquer de grands désordres alimentaires, ce qui aura des conséquences sur le prix de l’alimentation ici aussi.

Première question : compte-tenu de ces prévisions, le PLU-H va-t-il dans la bonne direction ? Et deuxième question, va-t-il assez vite et assez loin, c’est-à-dire est-il à la hauteur des enjeux, et des ruptures nécessaires ?

Pour la première question, le PADD (nb : « projet d’aménegement et de développement durable », qui définit les grandes orientations du futur PLU) reprend et décline les orientations du schéma de cohérence territoriale que nous avions approuvé. Nous ne pouvons dans une courte intervention entrer dans le détail mais nous notons avec satisfaction  des évolutions importantes d’un PLU à l’autre, comme par exemple pour la première fois l’intégration des objectifs énergie-climat dans l’aménagement urbain.

Concernant notamment les réseaux énergétiques dans la planification urbaine, nous devrons intégrer les résultats du schéma directeur énergétique. Le PLU-H devra notamment réserver les emplacements pour les réseaux, je pense bien sûr en premier lieu au réseau de chaleur urbain, et aussi définir les endroits où la production d’énergie décentralisée est compatible avec les autres règles d’urbanisme, notamment celles relatives à la protection du patrimoine.

Nous souscrivons également aux objectifs de construire une ville des « courtes distances », et d’intégrer la nature en ville, comme élément de qualité de vie et aussi comme moyen d’adaptation au réchauffement climatique. Le PLU-H devra aussi, en cohérence avec le Plan des Déplacements Urbains réserver l’emprise nécessaire aux nouvelles lignes fortes de transports en commun, et adopter une réglementation du stationnement dissuadant l’usage de l’automobile pour les trajets pendulaires, c’est-à-dire domicile/travail.

Nous approuvons aussi l’objectif de protéger les espaces naturels et les terres agricoles et de valoriser l’activité agricole périurbaine.

Saluons au passage l’important travail de connaissance du patrimoine naturel qui a été engagé depuis plusieurs années et qui porte ses fruits aujourd’hui. Grâce au travail sur la trame verte et sur les corridors écologiques,  nous avons une connaissance bien meilleure des espaces et des espèces naturelles présentes sur notre territoire. Cela doit permettre à l’avenir d’aménager sans détruire, de concilier la protection des espèces et des espaces avec l’activité humaine.

Mais à la deuxième question,  notre PLU-H va-t-il assez vite et assez loin, nous avons encore à ce stade des interrogations, et si les orientations sont bonnes, c’est dans la manière dont elles seront déclinées que nous aurons des réponses.

Tout d’abord parce que les 4 objectifs qui nous sont proposés dans ces orientations peuvent être contradictoires : l’objectif du développement économique ne doit pas avoir pour conséquences de permettre de grands projets inutiles comme le serait le périphérique ouest, qui siphonnerait nos moyens d’actions en aggravant la dépendance du territoire aux énergies fossiles.

Par ailleurs, nous sommes inquiets de voir de belles orientations passées à la moulinette de la rationalisation budgétaire. C’est notamment le cas du logement, où nous devons absolument poursuivre notre effort, faute de quoi l’évolution urbaine due à la dynamique naturelle du marché irait au contraire des objectifs de solidarité et de mixité sociale qui nous sont chers.

C’est valable tant pour la production de logements neufs que pour la politique de réhabilitation thermique du logement qui doit absolument monter en charge pour éviter que le prix de l’énergie aggrave encore plus la fracture sociale.

Pour conclure, nous avons la conviction que seuls les territoires qui auront effectué une transition vers la sobriété des modes de vie seront capables de répondre aux besoins humains de leur population. Vous n’en serez pas surpris, notre clé de lecture du futur PLU-H sera de savoir s’il représente une réponse locale pertinente face aux désordres globaux que nous subissons déjà et qui vont aller en s’amplifiant. 

Pour aller plus loin, le lien
http://blogs.grandlyon.com/mavilleavenir/files/downloads/2013/07/PLUHorientationsPADD24_05_web.pdf

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