Hébron, nouvel avatar des réécritures nationalistes de l’histoire

La crise déclenchée par classement de la vieille ville d’Hébron au patrimoine de l’humanité par l’Unesco me semble éclairer la vraie nature du conflit israélo-palestinien. Bien loin d’une guerre religieuse, il s’agit d’un affrontement entre récits nationaux et d’une tentative de réécrire l’histoire qui s’inscrivent plutôt dans la dynamique des nationalismes européens du XIXe siècle.

Rappelons les faits : Hébron est l’une des plus vieilles cités habitées au monde située en Cisjordanie. La tradition y situe le tombeau d’Abraham, père mythique des trois monothéismes, de son fils Isaac et de son petit-fils Jacob ainsi que de leurs épouses. Le lieu porte deux noms, selon que l’on soit musulman ou juif : tombeau des patriarches ou mosquée d’Ibrahim. Si Israël et à sa suite les États-Unis ont quitté l’Unesco, c’est en prétendant que l’organisation internationale « cherche à gommer l’histoire juive d’Israël ».

Nier l’histoire juive d’Israël serait une stupidité. Prétendre que l’histoire d’Israël n’est que juive en est une autre. Comme n’importe quel point de l’ancien empire Romain, cette terre a vu défiler les peuples, les états et les histoires. Comme n’importe quelle ville, Hébron est un palimpseste, c’est-à-dire une réécriture permanente à l’intérieur de l’existant.

Mais l’histoire réelle, faite de mouvements, de rencontres conflictuelles ou non, de métissages, de la conjugaison permanente d’une pluralité d’influence n’est pas compatible avec la recherche mythique d’une origine nationale. Les nationalismes ont besoin d’une origine et d’une histoire purifiée, nettoyée des influences prétendument étrangères.

Dans notre pays par exemple, la glorification de l’origine gauloise de la France date en fait du XIXe siècle, comme en témoigne par exemple la construction d’une statue de Vercingétorix par Napoléon III sur la commune d’Alise-Sainte-Reine en Bourgogne, le site de la bataille d’Alesia. La récitation imposée aux élèves des écoles élémentaires « nos ancêtres les gaulois » a creusé le sillon d’un récit national mythique qui nous conduit vers deux guerres mondiales. La polémique récente sur le livre « l’histoire mondiale de la France » témoigne que ce débat est toujours d’actualité, malheureusement.

L’État d’Israël suit exactement ce même processus historique. Son histoire contemporaine s’inscrit bien plus dans l’histoire des nationalismes européens du XIXe siècle plutôt que dans l’histoire biblique à laquelle il tente de se raccrocher. Le sionisme, c’est-à-dire la création d’un État juif en Palestine a été théorisé après l’affaire Dreyfus en France par Théodore Herzl. Et comme tous les nationalismes, le sionisme a commencé à gauche pour évoluer lentement mais sûrement vers l’extrême-droite.

Malheureusement, de l’écriture d’une histoire « purifiée » à la purification ethnique et aux crimes de masse, il n’y a qu’un pas. Les juifs d’Europe ont payé très cher dans leur chair la construction mythique de récits nationalistes par les États-nations européens. Mais aujourd’hui, c’est l’État d’Israël qui suit ce même processus. La contestation par Israël du classement au patrimoine de l’humanité par l’Unesco répond à cette logique : nier la pluralité de l’histoire d’un territoire que l’on revendique comme « le sien » et si possible en détruire les traces.

Malheureusement, les États-Unis d’Amérique influencés par les chrétiens évangélistes, loin de combattre ce processus mortifère, en sont au contraire à la remorque. Cela se finira en Israël comme cela s’est fini en Europe, par des crimes de masse.

 

 

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