Guerre des masques, faillite morale et politique des institutions …

La pitoyable guerre des masques que se livrent tant les États que maintenant les régions françaises est un indicateur sidérant de la faillite de nos institutions politiques. À l’origine, comme l’a montré le philosophe Thomas Hobbes, l’État est une manière de troquer la liberté de se défendre soi-même contre une sécurité collective plus puissante ; de sacrifier un peu de liberté contre la sécurité, et donc des libertés plus grandes en réalité. Ce qui se passe aux États-Unis en est l’illustration : le droit constitutionnel à se défendre soi-même et donc à posséder des armes se traduit par des massacres de masse récurrents, par une fusillade chaque semaine dans une école.
Mais en ce temps de crise, nos institutions « modernes » nous jouent la guerre de tous contre tous. Au lieu de créer les conditions de coopération pour résoudre ensemble les problèmes, États et régions interprètent commedia dell’arte de la guerre des masques, l’égoïsme individuel et le vol plutôt que la coopération. Faillite du politique.
Certains, comme Bruno Gaccio, veulent juger le gouvernement. Ce serait à mon sens prendre le problème par le mauvais bout de la lorgnette. Il faudra certes une commission d’enquête parlementaire et en tirer les leçons. Mais l’adolescent exalté Emmanuel Macron n’est que l’avatar, l’incarnation actuelle d’un problème bien plus profond. Les institutions sont incapables de projeter la sécurité collective dans le futur, de résoudre les crises écologiques, bouleversement climatique et effondrement de la biodiversité. Elles sont aussi incapables de résoudre le problème de la pauvreté dans un monde qui n’a jamais été aussi riche. Et aujourd’hui elles nous jouent la symphonie dissonante des égoïsmes qui a toutes chances d’aggraver la crise.
Plus que juger des coupables, il faudra rechercher les causes systémiques. Et nous les connaissons : la croyance irrationnelle en un progrès linéaire et continu et la confusion entre innovation technique et progrès humain (« la science trouvera les solutions »), la confusion entre la richesse et bien commun (« il suffit de libérer la création de richesses le bien commun viendra de la conjugaison des égoïsmes, de la composition des intérêts individuels »), etc.
La création de sociétés résilientes qui n’abandonnent pas l’universel pour un retour nationaliste vers un un passé fantasmé, qui ne sacrifient pas les générations futures à la création de richesses actuelles implique une refondation politique et morale de nos institutions politiques. Au-delà de l’horizon d’un scrutin, c’est à cela qu’il faut nous attacher.