Fossoyeur d’un monde à l’agonie ou sage-femmes du monde à venir ?

Nous étions les danseurs d’un monde à l’agonie
En même temps que fantômes! conscients d’être mort-nés
Nous étions fossoyeurs d’un monde à l’agonie

Hubert-Félix Thiéfaine

 

 

 

S’il fallait ne retenir qu’une seule idée pour comprendre notre situation politique, je crois qu’il s’agirait de celle-ci : c’est la première fois qu’une génération pense qu’elle va vivre moins bien que celle de ses parents et de ses grands-parents.

Bouleversement climatique, épuisement des ressources, globalisation des pollutions, risque nucléaire et même, nouveaux léviathans, remplacement des humains par des intelligences artificielles et développement d’une économie de l’attention, c’est-à-dire de la vente des temps de cerveau disponibles, nouveau mode de domination par l’abrutissement collectif des masses – c’est-à-dire de nous – grâce à des outils qui sont glissés dans nos poches et posés sur nos bureaux.

La réponse politique actuelle prend la forme d’un déni de réalité dont Donald Trump est l’archétype. Les scientifiques annoncent une mauvaise nouvelle ? Alors faisons taire les scientifiques ! Déni accompagné d’un repli identitaire faisant du migrant le nouveau bouc émissaire alors qu’il est la première victime.

Pourtant il n’est  pas vrai que nous soyons condamnés à vivre moins bien que les générations précédentes. Nous avons toutes les connaissances et tous les outils pour imaginer et construire des solutions. Et même, nous sommes la première génération dans l’histoire de l’humanité à pouvoir bâtir un monde juste et durable, où les modes de vie des uns sont pas responsables de la misère des autres.

Pour cela, il faut rompre tout à la fois avec l’universel abstrait qui a coupé les humains de leur histoire et de leur ancrage dans leur territoire et fait de l’argent la seule valeur universelle, mais également avec l’homme prisonnier à tout jamais de ses racines des penseurs réactionnaires, incapable d’élever son regard vers l’universel.

« L’universel c’est le local moins les murs »
Miguel Torga

Réenchanter notre ancrage local pour se penser universels, être citoyens du monde en agissant dans son quartier, voilà la tâche qui devrait être première, celle qui redonnera un horizon collectif.

Écocitoyens d’un monde en gestation, sage-femmes du monde à venir où le pire est probable mais le meilleur possible…

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