Enfin un bon livre sur l’écologie politique !

Note de lecture :
De nouveaux défis pour l’écologie politique, par Alain Coulombel, éditions Utopia, mars 2019

L’auteur, je le connais bien : nous sommes tous deux membres du parti écologiste Europe Ecologie – Les Verts depuis longtemps et je crois que je n’ai jamais voté une seule fois la même chose que lui dans les votes internes ! Pour autant, je dois le reconnaître, son livre est le meilleur bouquin sur l’écologie politique qui soit sorti depuis longtemps.

Si l’on croule en effet sous les livres dénonçant l’état de la planète, l’état des inégalités, l’effondrement qui approche, etc. la plupart se contentent de dénoncer le système, et avec une grande paresse intellectuelle, s’abstiennent de fournir une analyse des causes profondes de la situation.

La réflexion d’Alain Coulombel échappe à ce reproche et propose une lecture intégrant les recherches actuelles en sciences humaines, notamment deux auteurs actuels essentiels, l’italien Giorgio Agamben et l’allemand Harmut Rosa.

Avec Agamben, Coulombel interroge les travaux de Michel Foucault sur la biopolitique, concept curieusement ignoré par le mouvement écologiste depuis Félix Guattari. Comment peut-on penser la composition et l’enchâssement des différents systèmes sociaux, techniques, linguistiques, juridiques, les « dispositifs » pour reprendre le terme de Michel Foucault, qui caractérisent notre organisation actuelle.

Quand Patrick le Lay, patron de TF1 énonce cyniquement que son métier est de « vendre du temps de cerveau disponible à Coca-Cola », quand le PDG de l’Oréal affirme que la pollution est bonne pour les affaires, la dénonciation ne suffit pas. Si nous voulons changer de monde, il faut changer les « dispositifs » qui nous ont mené à cette situation. Et d’abord les penser.

Ensuite, l’auteur ouvre un chantier intellectuel essentiel sur le temps. Notre organisation technique et sociale est basée sur l’accélération permanente, comme le montre Harmut Rosa dans ses travaux. Et bien sûr plus l’on accélère, moins on pense ! Comment repenser une nouvelle organisation du temps, une écologie du temps qui évite cette fuite en avant permanente, source tout autant de souffrances sociales que de destruction de la planète ?

Alors on peut regretter que l’auteur n’interroge pas assez des traditions anthropologiques autres que la tradition occidentale pour trouver des alternatives, et semble ignorer l’importance des travaux de Gilbert Simondon sur la philosophie de la technique, et sur l’individuation.

Mais il n’en reste pas moins qu’Alain Coulombel ouvre des champs de réflexions extrêmement important, et qui sont autant de défis pour le mouvement écologiste pour passer de la dénonciation prophétique à l’incarnation des solutions.