Alex n’a rien à faire devant un tribunal !

Lundi 7 octobre prochain, le jeune militant anti-pub Alex Montvernay est convoqué devant le tribunal de grande instance et risque deux ans de prison et 30 000 € d’amende. Pour ma part je pense qu’Alex n’a rien à faire devant un tribunal.

1. Le débat politique ne doit pas être pénalisé

Le débat sur l’envahissement de nos vies par la publicité est un débat politique essentiel … mais occulté. La place prise par la publicité dans nos vies quotidiennes est devenue telle, qu’elle est aujourd’hui un problème politique. Nous n’en sommes plus au stade où chacun reste libre de dire oui ou non à une sollicitation, mais nous faisons face un système massif de manipulation mentale à des fins mercantiles.

C’est à mon sens devenu un problème majeur de santé publique. De nombreux travaux de médecins, psychologues sociaux ou sociologues ont décrit les méthodes des publicitaires et les effets sur les individus, sur les adultes et a fortiori sur les enfants. L’objectif poursuivi par les publicités est en effet de faire régresser l’humain du désir à la pulsion, pour orienter cette pulsion vers un acte d’achat.

Le sociologue Norbert Elias a montré que le contrôle social des pulsions individuelles a été la clé du processus de civilisation que nos sociétés ont connu. Alors, il ne faut pas s’étonner que les effets de l’exaltation des pulsions individuelles par les publicités soit collectivement extrêmement nocif : désocialisation des individus, dévalorisation des valeurs collectives au profit des valeurs individualistes, glorification de la compétition entre les individus, promotion d’un monde où être c’est avoir.

Et les psychologues font aujourd’hui un lien très clair entre cette omniprésence du système publicitaire et les pulsions de mort qui se développent dans notre société.

En tant que responsables politiques, nous avons donc le devoir de limiter le temps d’exposition des individus, en premier lieu des enfants et des jeunes. Si une partie de ce matraquage a lieu pendant le temps privé, en particulier sur Internet sous prétexte d’une fausse gratuité, c’est aussi insidieux quand il se passe sur l’espace public, de manière inconsciente mais réelle.

Il est salutaire que des jeunes portent ce débat sur l’espace public. La refonte du règlement local de publicité par la métropole en est la cause et l’occasion. Malheureusement, force est de constater que ce débat est trop peu présent dans les assemblées politiques. Il faut plutôt se féliciter d’avoir des jeunes qui le portent.

2. Les méthodes non-violentes portées par les collectifs organisateurs de ces actions ne sont pas des délits

Les méthodes violentes et les dégradations volontaires doivent être condamnées. Ce n’est pas le cas ici : coller des affiches avec de la farine et de l’eau, cela n’est pas dégrader les bâtiments ou les lieux. Un simple nettoyage à l’eau suffit pour enlever les affiches.

Au contraire, force est de constater que les jeunes militants comme Alex prenne soin de ne pas commettre de dégradation.

Il n’y a donc pour moi ni élément moral ni élément matériel constitutifs d’une infraction.

En conséquence, je crois qu’Alex Montvernay n’a rien à faire devant un tribunal et que les jeunes militants du climat et anti-pub, tant qu’ils restent dans les stratégies et des actions non-violentes, ont toute légitimité pour alerter les politiques sur les conséquences des décisions qu’ils vont prendre.

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