Le lobby nucléaire en forme atomique !

Les écolos sont dispersés façon puzzle ? C’est donc le moment de lancer la bataille contre la transition énergétique. Et de rendre coup pour coup : on annonce une énième malfaçon sur l’EPR, une panne de Fessenheim ? Je reçois le lendemain (et sans doute les autres élu-es du Grand Lyon aussi) un courriel d’un type que je ne connais pas qui me conseille des lectures qui doivent me prouver que « le nucléaire est au coeur de la transition énergétique ». Je ne lui ai pas encore répondu pour le remercier … et peut-être lui conseiller d’autres lectures ;-).

Mais parfois, l’effet est inverse : l’ADEME s’est vue interdire de sortir un rapport qui a nécessité plusieurs années de travail sur un scénario d’électricité 100% renouvelables en 2050. Oser dire qu’on pourrait techniquement se passer du nucléaire, c’est absolument scandaleux !!!

Mais, et vive les réseaux sociaux, l’interdiction fait plus de bruit que la publication ! Bon, du coup le deuxième étage, c’est de dire que les ingénieurs de l’ADEME sont incompétents.

Ben voyons !

Alors face à la censure, lisons et partageons ce rapport ! Et répétons que la transition énergétique est bonne pour tout le monde… sauf pour les puissants du lobby nucléaire …

http://www.mediapart.fr/article/offert/5d8133121241dfc174b40b5f579b9431

Mieux vaut des cons qui courent plutôt que des citoyens qui réfléchissent ! Surtout s’ils sont pauvres !

(ce texte date de 2010, où le gouvernement de l’époque voulait supprimer le CAPES de langues anciennes. Le débat rebondit aujourd’hui – http://focuscampus.blog.lemonde.fr/2015/04/04/labandon-progressif-du-latin-et-du-grec-un-contresens-majeur/# alors je le republie !)

Sans la protestation d’enseignants, le projet d’abandon progressif de l’enseignement des langues anciennes, latin et grec ancien, serait passé inaperçu. Mais à quoi sert donc l’enseignement des langues anciennes dans l’école publique, spécialement pour les enfants de pauvres, pardon de classes populaires, dont la préoccupation essentielle est de trouver un emploi ? A-t-on besoin d’étudier le latin ou le grec pour être vendeuse, ou au mieux commerciale, ou mécano, ou boulanger ?

Fils d’ouvrier, j’ai étudié le grec ancien dans mon collège « populaire », prolo si vous préférez, puis au lycée. Et je peux témoigner que cet apprentissage, en plus de vous donner une meilleure compréhension de la langue française, est une porte ouverte vers les textes fondateurs de notre civilisation occidentale, vers l’acquisition d’une culture classique. C’est même la seule pour beaucoup, pour qui l’environnement familial n’y donne pas accès.

Mais à quoi sert de donner une culture générale aux gosses des pauvres ? Et bien si l’accès à la citoyenneté passe par la compréhension du monde où nous vivons ensemble, cela passe par l’étude des auteurs classiques. S’ils sont lus depuis des centaines voire des milliers d’années, c’est qu’ils ont apporté une contribution importante à notre civilisation, c’est à dire à notre façon de construire ce vivre ensemble !

Je ne me fais pas de souci pour les gosses de riches, qui certes n’y sont pour rien : les écoles privées notamment catholiques continueront à enseigner ces matières afin de donner une culture générale aux enfants plus favorisés. Et comme la sélection pour l’accès aux grandes écoles passe par la culture générale, nul doute que le nombre de fils d’ouvrier dans les grandes écoles va encore diminuer.

Mais qui veut de la mobilité sociale ? Chacun doit rester à sa place ! Enfant de l’école publique, devrais-je mettre ma fille à l’école privée pour lui permettre d’acquérir une culture générale et une formation solide ?

Je voudrais ajouter un retour d’expérience personnel. Puisque une partie importante des classes populaires sont enfants et petits-enfants d’immigrés maghrébins, parler de la culture antique à ces enfants, c’est découvrir que beaucoup de légendes grecques ou romaines ont leur équivalent dans la culture maghrébine. C’est apprendre que nous vivions dans un monde commun avant que le Christianisme puis l’Islam ne nous séparent. Que l’on pense seulement à l’Odyssée d’Homère et aux lieux que le poète grec met en scène ! C’est aujourd’hui fondamental alors qu’on ne met l’accent que sur ce qui nous sépare, qu’une vision communautariste et raciste du monde nous est imposée de partout.

Alors, quelle vision de l’école pour les pauvres ? Le gouvernement a répondu en créant des collèges à horaire aménagés : cours le matin et sport tous les après-midi. Pourquoi seulement du sport et pas des activités culturelles et des pratiques artistiques ? Ca me paraît clair : mieux vaut des cons qui courent que des citoyens qui réfléchissent ! Faudrait tout de même pas remplir les cerveaux de nos pauvres, comment TF1 pourrait-elle vendre de l’espace de cerveau disponible à Coca-cola ?

Pour le gouvernement de Nicolas Sarkozy, les pauvres, et ils sont de plus en plus nombreux, se gouvernent par la discipline et la crainte – et on multiplie les lois répressives ; s’occupent par les jeux et paris sportifs, et on multiplie le sport à la télé, on autorise la multiplication des sociétés de paris en ligne, véritable appel d’air pour la mafia ; et pour « tenir » tout ça, on renvoie chacun à sa supposée communauté d’origine, structurée par sa religion.

Nous assistons à la concrétisation politique d’une pensée ultra-réactionnaire bien définie au 19ème siècle par un Joseph de Maistre. C’est à dire à un combat permanent contre l’idée et les acquis de notre République. Liberté, Égalité, Fraternité méritent-ils d’être encore d’être au fronton de nos mairies ? Oui, comme une devise de combat plus que comme un constat !

Pour ma part je veux faire mien un principe sans âge :

fiat justitia, et pereat mundus

Le gouvernement ferait bien de le méditer !

Les droits humains feront-ils trembler le capitalisme ? Une proposition de loi à soutenir !

Une poignée de députés fait trembler les grands groupes capitalistes, à tel point que le quotidien « les échos » leur a consacré sa une (hier) !

Parmi eux, je suis heureux de compter mes amis Barbara Romagnan, députée de Besançon et Dominique Potier, député de Meurthe et Moselle, agriculteur et proche de la confédération paysanne – qui a eu l’excellente idée de battre Nadine Morano lors des dernières législatives !

L’objet du crime : une proposition de loi visant à rendre les maisons mères responsables des atteintes aux droits humains dont leur filiale se rendent coupables. C’était à l’origine une proposition de loi du groupe écologiste qui a été reprise et modifiée (plus de responsabilité pénale mais une responsabilité civile) et discutée en commission. Elle sera présentée dans l’hémicycle le 30 mars prochain. Panique des grands groupes qui hurlent à la menace sur la compétitivité des entreprises françaises !
Mais alors … doit-on en conclure que la libre concurrence non encadrée ne tire pas vers le haut les droits humains mais vers le bas ? Pas possible !
Et si au contraire empêcher d’exploiter honteusement les pays du sud redonnait de la compétitivité à ce qui est produit sur notre territoire ?

Cela vaudrait le coup de se mobiliser pour cette proposition de loi !

http://business.lesechos.fr/directions-juridiques/0204215304711-sous-traitance-filiales-la-loi-qui-affole-les-grands-groupes-108957.php

Réponse à l’édito de François Sapy, directeur de publication de La Tribune de Lyon

Cher François Sapy,

 

Nous ne nous connaissons pas beaucoup, mais quelle mouche à miel a bien pu vous piquer pour écrire, dans votre dernier édito, autant d’âneries en si peu de mots ? Quelqu’un vous a donc dit « que j’aurais dit », « en  marge d’un discours célébrant une nouvelle expérimentation à base d’abeilles sur la métropole que c’était un chouette truc, parce que pour une fois on parlait d’autre chose que d’économie ». Et vous trouvez ça profondément idiot.

Bon déjà, je ne me souviens pas d’avoir prononcé ces paroles. Et par ailleurs, on parle souvent d’autre chose que d’économie, et heureusement !

 

Mais peu importe, puisque vous trouvez ça vraisemblable, je dois donc vous répondre sur le fond !

Tout d’abord, vous faites une erreur quand vous parlez d’une « nouvelle expérimentation à base d’abeilles sur la métropole ». Il s’agissait en fait de la clôture d’un projet qui a duré 5 ans, « urbanbees », qui a consisté à étudier les insectes pollinisateurs en milieu urbain. Il existe en effet des milliers d’espèces d’abeilles (1000 sur le territoire français), qui participent à la pollinisation des plantes. Une seule espèce, l’abeille domestique ou mellifère, produit du miel. L’expérimentation en question étudiait toutes les autres.

Ce travail exceptionnel a été initié sous les auspices de l’Union Européenne par une association locale très dynamique, Arthropologia, en coopération avec l’Institut National de la Recherche Agronomique (l’INRA). Je vous invite à le découvrir sur le site web http://www.urbanbees.eu/, comme des milliers de grands lyonnais l’ont découvert grâce aux visites des 16 sites où ont été installés des spirales à plantes aromatiques ou des « hôtels » à insectes.

Grâce à Arthropologia et à l’INRA, l’Union Européenne a choisi la Métropole Lyonnaise comme lieu d’innovation pour proposer les résultats à toutes les villes européennes. Ce programme a aussi beaucoup fait parler de Lyon à l’étranger, mais La Tribune de Lyon ne s’y est pas vraiment intéressée, ce que je regrette.

Oui mais bon, selon vous : «les petites abeilles qui bourdonnent on s’en fiche un peu. En revanche, le jour où il n’y en aura plus, cela mettra en péril l’agriculture mondiale. C’est donc un problème fondamentalement économique ».

Là cher François Sapy, nous avons effectivement une très grosse différence d’appréciation.

Non, les « petites abeilles », on ne s’en fout pas ! La nature a une valeur en soi, qui ne se réduit pas à sa valeur économique. D’ailleurs, si on pose que la nature, les plantes, les animaux, les écosystèmes  n’ont de valeur qu’économique, on finit logiquement le raisonnement en concluant que l’objectif de la vie est de s’enrichir ou de consommer. Ce n’est pas ma manière de voir les choses. Et en détruisant la vie sur terre, l’humanité finit par détruire les conditions de sa propre survie. Et c’est ça qui est, à mon avis, complètement idiot !

Pour approfondir, nous vivons un moment historique où pour la première fois dans l’histoire de l’humanité la majorité des humains vivent en ville. Et pour assurer la survie de l’humanité, il faut transformer nos villes et faire rentrer la nature à l’intérieur. Urbanbees n’est que l’un des projets que nous avons lancés. Protection des espaces naturels et agricoles (PENAP), recensement exhaustif de la biodiversité sauvage dans le Grand Lyon, (nous sommes la première agglomération européenne à avoir conduit ce travail), travail sur les continuités écologiques, les « corridors écologiques » (travail de grande qualité réalisé par l’agence d’urbanisme et les associations) etc. Tous ces sujets feraient sans doute de beaux articles dans la tribune de Lyon, si votre journal daignait s’y intéresser.

 

Oui mais bon, et l’économie dans tout ça, puisque vous me reprochez de l’ignorer ?

C’est amusant d’ailleurs, le lien que vous faites entre les abeilles et l’économie. Depuis la « fable des abeilles » écrite par Bernard de Mandeville en 1714, les abeilles ont été instrumentalisées par beaucoup d’économistes. L’économiste  Friedrich Hayek, qui est encore la bible des ultra-libéraux y voyait une apologie du libéralisme, tandis que JM Keynes y voyait une explication de la nécessité de l’intervention publique dans l’économie. Comme d’habitude, chacun voit dans la nature ce qu’il a envie d’y voir et surtout ce qui appuie sa théorie : concurrence et lutte pour la survie pour Darwin (ce qui a donné quelques-unes des monstruosités politiques du 20ème siècle) ou coopération pour l’anarchiste Kropotkine et ses nombreux successeurs.

 

Mais, et c’est sans doute ce que vous avez voulu dire – parce que vos propos ne sont pas d’une clarté limpide – c’est qu’opposer économie et écologie serait une erreur. Là, je suis d’accord avec vous. Mais pas pour les mêmes raisons.

Vous pensez que l’écologie ne doit pas brider l’économie – et vous soutenez par exemple ce projet complètement idiot de nouvelle autoroute A45 entre Lyon et Saint-Etienne. Moi,  je pense que l’économie doit intégrer les limites matérielles de la planète, l’épuisement de la capacité d’absorption et de recyclage des déchets par la biosphère et le caractère non renouvelable des ressources. Vous êtes aussi sans doute ravi que Dassault aviation vende enfin son avion, le Rafale, à un gouvernement qui met les athées en prison pour « insulte aux religions ». Moi pas. L’économie, la croissance et l’emploi ne justifient pas tout.

La croissance justement. Beaucoup de responsables politiques, qui se sont intellectuellement construits pendant les « 30 glorieuses », pensent encore qu’elle est l’alpha et l’oméga de toute politique. Et que dans une situation de crise, la croissance est nécessaire pour résorber la pauvreté. Cela semble être votre cas.

Pourtant, les travaux d’économistes démontrant l’erreur de ce raisonnement se multiplient. Je vous recommande notamment les travaux de Tim Jackson (« prospérité sans croissance »), ou en France d’Eloi Laurent ou encore de Gaël Giraud. Peut-être qu’une mise à jour de votre pensée économique est nécessaire, non ?

 

Et concrètement ?

Là, je sais, vous êtes en train de penser, « ce type vit dans la théorie, mais en pratique il est dangereux pour préserver le tissu industriel de notre agglomération ».

Là encore, regardez concrètement ce qui se passe dans notre métropole. L’an dernier, un de vos confrères avait chiffré à au moins 600 millions d’euros le montant des investissements déclenchés par le plan climat-énergie dont j’ai la responsabilité : réseaux électriques intelligents (« smartgrids »), nouvelle usine/laboratoire de production de biogaz (projet Gaya), ou préfiguration de l’usine de demain (projet IDEEL) dans la vallée de la chimie, investissements dans les réseaux de chaleur, dans les transports « doux » ou innovation dans les motorisations. Et ce n’est qu’un début : la réhabilitation thermique des logements est une nécessité tant écologique que sociale, et représente un chiffre d’affaire à réaliser de plusieurs milliards d’euros d’ici 2020.

Et ça continue : savez-vous  que Solvay et la Caisse des Dépôts « Climat » (filiale de la CDC) vont investir près de 30 millions d’euros dans la vallée de la chimie pour améliorer l’efficacité énergétique de l’entreprise (votre confrère Les Echos, mieux informé, s’en est fait l’écho dans ses colonnes la semaine dernière). Connaissez-vous le projet Hiway qui regroupe des entreprises comme la CNR ou l’Air liquide ou La Poste et une start-up comme Symbio-Cell autour de la motorisation à hydrogène ?

Tous ces projets pourraient aussi faire de beaux articles pour La Tribune de Lyon, non ?

Il faut une vision partagée de l’avenir pour tirer notre agglomération vers le haut. La transition écologique nous offre un cadre qui allie responsabilité, dynamisme et solidarité. Et c’est pour moi une fierté de constater que le plan-climat énergie du Grand Lyon est aujourd’hui un facteur de dynamisme économique pour notre métropole. Et nous sommes en train de tenir nos objectifs climat (de manière contrastée : nous sommes en avance sur les objectifs transports et en retard sur les objectifs d’isolation des logements).

Des industriels lyonnais m’ont personnellement dit : « on a tous compris la nécessité d’une transition écologique, et de toutes façons la sobriété énergétique est une nécessité pour nous en terme de compétitivité. Sinon, nous serons délocalisés. Mais il faut que le politique nous donne le cadre et l’impulsion. » C’est cette demande qui a été à l’origine de la conférence locale énergie climat que j’anime. Et ça fonctionne. À tel point que j’ai moi-même du mal à connaître tous les projets !

D’autres enjeux nous attendent pour ce mandat, puisque Gérard Collomb m’a confié la responsabilité de concevoir et de mettre en œuvre une politique agricole pour notre agglomération. Là encore, la conciliation entre une activité économique importante (et en difficulté réelle), la préservation de la biodiversité, des milieux naturels et de la santé, tant des agriculteurs que des consommateurs, est un défi que j’aborde avec envie et enthousiasme, et avec quelques idées…

 

Pour conclure, pour vous éviter, à la Tribune de Lyon, d’être au journalisme ce que Carla Bruni est à la musique (« quelqu’un m’a dit »…), je vous invite à déjeuner un jour de votre choix pour parler directement et sans intermédiaire, d’économie, de politique, de journalisme aussi et même un peu de la vie si vous voulez !

 

 

Bien à vous,

 

Bruno Charles

Les partenariats conclus entre la BNF et deux entreprises privées pour la numérisation du fonds ancien sont-ils légaux ?

la bibliothèque nationale (BNF) vient de passer deux « partenariats » avec deux entreprises pour la numérisation du fonds ancien. Plusieurs associations dénoncent les conditions de ces partenariats et parlent d’une privatisation du patrimoine culturel commun. http://www.framablog.org/index.php/post/2013/01/19/non-privatisation-domaine-public-bnf

Une contreverse identique a eu lieu à Lyon en 2008, à l’occasion de la signature d’un contrat entre la Bibliothèque Municipale de Lyon et Google. Un débat juridique a eu lieu sur la légalité de l’acte de concéder à une entreprise privée un droit de propriété sur des fichiers numériques issus d’ouvrages conservés par une bibliothèque publique.

Ce débat n’a en fait pas été tranché.

Voici une étude réalisée par un ami avocat, Me Thibault Soleilhac, publiée à l’origine dans une revue juridique importante (pour les juristes AJDA 2008 p. 1133) qui conclut à l’illégalité d’un tel contrat.

Les bibliothèques numériques, un domaine public immatériel, par Me Thibault Soleilhac

Les logiciels libres, entre marxiste et capitalisme … un article intéressant sur le blog de Framasoft …et ma réaction

l’article sur le blog de Framasoft : http://www.framablog.org/index.php/post/2013/01/01/Le-Libre-entre-marxisme-et-capitalisme
et ma contribution réaction :

Etrange quand même ! cet article qui part d’une question intéressante passe à mon sens à côté de l’essentiel !

Le marxisme, c’est à dire la propriété publique des moyens de production (au nom d’une vision dialectique de l’histoire) suppose un contrôle par l’État, donc par une technocratie, des forces économiques soit disant au nom du peuple (on sait ce qu’il est advenu : une caste encore plus violente et inégalitaire dans la mesure où elle n’avait plus aucun contrepouvoir). Le Libre ne réclame qu’un « État gendarme » – c’est à dire qui garantisse le respect de la licence libre, donc suppose un État mais qui n’intervient pas dans la production, en tout cas qui n’en possède pas les outils.

Le capitalisme, c’est le mythe de la propriété privée comme garantie de la liberté – sans voir que, comme l’a bien dit Lacordaire « entre le fort et le faible, c’est la loi qui libère (« affranchi » dans le texte original) et la liberté qui opprime ». Au nom de la protection de la propriété privée, on opprime des millions (milliards ?) de personnes dans le monde. Les licences libres interdisent l’appropriation privée : on peut tout faire sauf priver les autres de la possession du même outil.

En fait, il faut chercher ailleurs, et notamment chez Proudhon et dans la tradition anarchiste : Proudhon avait pensé la « possession » contre le droit de propriété, c’est à dire une forme de « propriété » collective mais pas publique, où les ouvriers possèdent leur outil de travail (donc une « propriété » privée et en aucun cas d’Etat) mais sans tous les attributs classiques du droit de propriété, c’est à dire sans la possibilité d’en « disposer de la façon la plus absolue » qui est inscrite dans notre code civil. Le titre-slogan de PJ. Proudhon « la propriété c’est le vol », ne va-t-il pas comme un gant aux licences libres, propriété privé mais sans appropriation privée ?
Dans cette tradition qui nous a donné les coopératives et les mutuelles -entre autres – il y a vraiment les outils intellectuels pour penser une alternative tant au capitalisme qu’au marxisme. Je crois que le libre s’inscrit pleinement dans cette pensée qui pense le politique dans l’économie (et pas seulement l’inverse comme aujourd’hui) et le primat de la pratique.
Pensée contemporaine de Marx, mais combattue par Marx et tous les marxistes. Donc je ne crois pas qu’on puisse dire que le logiciel libre est marxiste !

Si quelques-uns ont envie de travailler sur cette question, je suis partant !

Un printemps à tchernobyl – un album magnifique d’Emmanuel Lepage

une BD dans les livres sur l’écologie politique ? Ben oui, et même en fait il y en a plusieurs très intéressantes. Après « saison brune », de Philippe Squarzoni, sur le réchauffement climatique, un autre album mérite le détour (et l’achat). « Un printemps à Tchernobyl » est un album magnifique où l’auteur, Emmanuel Lepage, décrit son voyage, ses passages dans la zone irradiée, ses rencontres avec les habitants.
Beaucoup d’émotion passe dans ses dessins magnifiques, sombres et un rendu magnifique d’une atmosphère oppressante et de la vie qui continue tout de même ….Image

Copenhague ou l’impossible démocratie mondiale (publié en décembre 2009)

A la veille du sommet Rio+20, les raisons qui ont provoqué l’échec du sommet de Copenhague sont toujours réunies. Alors je re-publie cet article écrit en 2009 avant d’analyser le sommet Rio+20

Le sommet de Copenhague s’annonçait comme un événement sans précédent dans notre histoire humaine : jamais autant de délégations d’autant de pays différents, jamais autant de chefs d’Etats ne se sont rendus dans un même lieu pour une négociation planétaire. La communauté scientifique mondiale a largement contribué à cette dramatisation en alertant l’opinion publique sur le compte à rebours de l’emballement climatique.

Mais les cassandres avaient raison, le «flop» de Copenhague a bien eu lieu. Le sommet s’est terminé sans un véritable accord, laissant les dynamiques climatiques aller vers le bouleversement.

Les problèmes d’organisation ont bien sûr ajouté à l’ambiance. 35 000 accréditations distribuées pour 15 000 places dans le Bella Center, difficile de plus mal prévoir ! 5 à 6 heures d’attente devant le Bella Center dans le froid venteux d’un décembre scandinave, souvent sans pouvoir finalement entrer, une sécurité hypertrophiée et une police qui «casse» les manifestations – pourtant autorisées, en plaçant en détention provisoire des centaines de manifestants , tout cela a contribué a donner une ambiance délétère autour du sommet lui-même.

L’échec annoncé, mais douloureux, de la COP 15 condamne-t-elle l’idée de démocratie mondiale ? Où plutôt, à y regarder de plus près, ne sommes nous pas en train d’assister à la construction d’une nouvelle politique mondiale, marquée par deux phénomènes majeurs :

– la fin de l’affrontement de deux grands blocs vassalisant le reste du monde permet l’émergence d’un véritable débat politique et citoyen mondial.
– l’échec des Etats-Nations à transformer la lutte pour la domination en coopération ouvre des perspectives citoyennes nouvelles, en repensant le lien entre citoyenneté locale et globale.

Le fait principal, c’est tout de même que les Etats du Sud sont aujourd’hui capables de dire non aux pays développés, que les pays émergents (Chine ou Inde) réclament leur dû, leur droit au développement. Le tout petit archipel de Tuvalu, menacé de disparition, mais insignifiant au niveau mondial, a pu bloquer – légitimement – les négociations pendant une journée, chose inimaginable il y a simplement 10 ans. Mais les pays occidentaux ne sont pas aujourd’hui prêts au partage. L’opinion publique et le Sénat américains ne laissent que peu de marge à Barack Obama. Le rechauffement climatique a également bouleversé les représentations politiques : l’Amérique n’est plus le «nouveau monde» mais le «déjà-vieux», sclérosé et calcifié, incapable de remettre en cause son mode de vie et d’évoluer en fonction de la nouvelle donne mondiale. Si l’Europe est plus avancée, elle n’est pas prête à un véritable partage des richesses au niveau mondial, alors même que les inégalités et la pauvreté s’accroissent en son sein.

Bref, la démocratie représentative au niveau mondial est un affrontement d’intérêts égoïstes plutôt que la construction d’un intérêt général mondial partagé. S’il y a un nouvel espace politique mondial et, enfin, une représentation de tous les habitants, il n’y pas encore de conscience politique mondiale.

Le sort réservé aux ONGs à Copenhague est emblématique à ce titre : normalement accréditées, et présentes à chaque négociation internationale, les grandes associations, Amis de la Terre et autres, n’ont pu accéder qu’au compte-goutte au Bella Center. Les ferments d’une citoyenneté mondiale exclus, le plus grand sommet politique de l’histoire n’aura pas été un sommet citoyen mais un sommet des égoïsmes.

Pour autant, jamais l’opinion publique mondiale ne s’est mobilisée à ce point sur une négociation internationale, technique et complexe. Si cette mobilisation n’a pas été suffisante cette fois-ci, les outils de communication nécessaires à la construction d’une conscience politique mondiale sont aujourd’hui en place, notamment grâce au réseau internet. Évidemment, l’excès de communication conduit souvent à une confusion, entretenue par les lobbies, déroutante pour beaucoup. Le pseudo «climategate» en témoigne. Néanmoins, la capacité qu’offre le réseau pour construire une communication globale permet à la société civile de s’organiser et de structurer le débat politique. Le temps du monopole de l’information par les Etats ou par les lobbies économiques est révolu.

Seconde évolution majeure, encore embryonnaire mais fondamentale : la naissance d’une diplomatie des villes. Pour la première fois, les villes sont citées au sein de la conférence comme acteurs-clés de la lutte contre le réchauffement climatique. En parallèle au sommet des États, les villes se sont rencontrées et ont échangé leurs expériences et leurs bonnes pratiques. Dans des contextes aussi différents que Nuuk (Groenland),Mexico, Amsterdam, Abidjan, Djakarta, Los Angeles, Melbourne,Rio de Janeiro, Lyon, petites et grandes villes, une conscience collective est en train de naitre sur la similarité structurelle – dans des contextes différents – des problèmes urbains. 800 villes européennes ont signé la convention des maires contre le réchauffement climatique, en s’engageant à réduire les émissions de leur territoire, et 1000 villes américaines se sont engagées à respecter le protocole de Kyoto en signant le «US mayors agreement fot climate change».

Les villes représentent 50 % de la population mondiale et émettent 75% des émissions de GES. C’est dans les villes que la transformation de nos modes de vie et de production doit se faire. Les dirigeants des grandes villes ont pris conscience qu’il seront en première ligne face aux conséquences humaines du bouleversement climatique, que l’inaction rendra les villes invivables et ingouvernables.

Le grand historien Fernand Braudel a montré qu’une des raisons de l’exceptionnel décollage économique européen entre le 16ème et le 19ème siècle a été l’absence d’unité politique du continent. L’incapacité des États va-t-elle ouvrir la voie à une nouvelle ère pour les villes ? Il est trop tôt pour le dire mais la conscience apparaît. La capacité d’évolution et de transformation des villes mondiales vers des métropoles sobres en énergie et en émission de GES va être le moteur du développement pour au moins une génération. En parallèle, la capacité d’élaboration de nouveaux modes de vie urbains conjuguant sobriété, équité, solidarité en sera le second pilier.

C’est aussi un changement politique majeur, un effacement des nations, incapables de coopération et une refonte du lien entre le global et le local : nous ne pouvons plus nous contenter d’être citoyens d’Etats qui se disputent le monde. Nous devons être citoyens du monde par notre capacité à articuler nos vies locales avec le nouveau contexte global. Au moment où le gouvernement de Nicolas Sarkozy ouvre les égouts d’un débat sur l’identité nationale, Copenhague nous montre qu’il faut conjuguer directement citoyenneté locale et citoyenneté globale. D’autant que là où les Etats pensent une «identité nationale» introuvable et falsificatrice, les villes pensent la pluralité et le vivre ensemble.

Bref, l’échec de Copenhague nous oblige à repenser la politique. Les États ont échoué et échoueront encore. La démocratie représentative construite autour des Etats-Nations et prétendant avoir le monopole de l’intérêt général n’est pas capable de coopération, et nous envoie vers la catastrophe. Le pouvoir a changé de mains : il est dilué entre chacun d’entre nous. Un autre monde est pourtant possible. Nous ne pouvons plus nous abriter derrière la responsabilité de nos gouvernements. Il nous revient donc à nous, simples citoyens ou autorités locales, de l’inventer localement.

Nucléaire ou pouvoir d’achat et lutte contre la précarité, il faudra choisir !

Depuis quelques semaines, le débat sur l’avenir énergétique de notre pays a pris la forme d’un rapport de force brutal entre écologistes et parti socialiste. Imposer la sortie du nucléaire pour les uns, ne pas avoir un pistolet sur la tempe pour les autres. La polémique autour de l’outil de production – nucléaire ou pas – et le rapport de force électoral ont pris le pas sur l’analyse des impacts sociaux, économiques et donc politiques du nouveau paysage énergétique. C’est la plus mauvaise manière d’entrer dans le débat.

La sortie ou non du nucléaire, et dans quel délai réaliste, n’est certes pas un débat secondaire, mais les éléments qui doivent éclairer ce choix ne sont plus les mêmes que lors du lancement du premier programme nucléaire français. En effet, l’énergie n’est pas un bien de consommation ordinaire : elle est le support matériel de plusieurs des droits fondamentaux qui sont garantis par la constitution de notre République : droit à un logement digne, liberté de se déplacer, droit à la santé, droit à l’éducation etc. La véritable question que nous devons nous poser est donc : quel est le système énergétique qui permet de garantir à chacun l’accès à ces droits fondamentaux, sans lequel notre conception de la République est vide de sens ? Le système nucléaire le permet-il ?

Or le contexte a considérablement changé depuis le lancement du premier programme nucléaire français. Dans les années 70, les énergies fossiles étaient encore abondantes et bon marché et la capacité d’investissement de l’Etat importante. Les temps ont changé ! le contexte actuel est marqué par deux contraintes fortes : la crise écologique d’une part, raréfaction des énergies fossiles et dépassement de la capacité de l’écosystème planétaire a absorber et recycler ce que l’humanité rejette, et la crise de la dette publique d’autre part, accumulation insoutenable des déficits budgétaires nationaux depuis 30 ans. Au moment de son lancement, la contestation du programme nucléaire portait sur deux points : la sûreté et les risques bien sûr mais aussi la structuration de la société par un système énergétique très centralisé. La tradition française d’organisation de la société par l’État a permis aux zélateurs du nucléaire d’imposer le programme nucléaire civil sans que le Parlement ait son mot à dire. Aujourd’hui, ces questions demeurent et sont malheureusement plus que jamais d’actualité. Three Miles Island, Tchernobyl, Fukuschima, la plupart des grandes puissances nucléaires ont connu un accident majeur. Doit-on continuer à se considérer comme plus intelligent ou plus chanceux ?

Mais la question des conséquences d’un dysfonctionnement du nucléaire doit aujourd’hui être doublée de la question suivante : même quand il fonctionne bien, le nucléaire permet-il de répondre à la situation économique et sociale ? Et la réponse est non. Premier élément : quel que soit le scénario choisi, le prix de l’énergie va augmenter dans des proportions importantes. C’est vrai pour le pétrole, puisque d’après l’Agence Internationale de l’Energie, le « peak oil » a eu lieu en 2006, et que la production va donc baisser tandis que la demande mondiale va continuer à augmenter. C’est vrai aussi pour l’électricité, qu’elle soit d’origine nucléaire compte tenu de l’investissement nécessaire à la relance d’un programme nucléaire, ou d’origine renouvelable, pour la même raison, c’est vrai aussi, mais dans un délai moins bref – pour le gaz.

Or, pendant que le prix de l’énergie flambe, le revenu des français stagne. Une étude du Crédoc a démontré qu’entre 1979 et 2005, la part des dépenses contraintes (essentiellement loyer et dépenses énergétiques liées au logement, hors déplacements donc) dans le revenu des 20% de français les plus modestes est passée de 24% à 48 %. Et la tendance s’est accélérée de 2005 à 2011. Localement, dans le cadre du plan climat du Grand Lyon, nous avons réalisé une étude sur la précarité énergétique et la vulnérabilité des ménages de l’agglomération lyonnaise. En prenant des critères très restrictifs, et donc en sous-évaluant la réalité, nous obtenons 20% de la population qui seront fortement impactés par l’évolution du prix de l’énergie. Déjà, un nombre important de ménages ne peut plus payer sa note de chauffage en hiver. Les aides sociales sont fortement sollicitées et beaucoup de foyers ne se chauffent pas correctement. Et lorsqu’on ne peut plus bénéficier d’un logement avec un minimum de confort, la spirale de la pauvreté et de l’exclusion est lancée ! Un rapport récemment paru en Grande Bretagne estime que 2700 personnes meurent chaque année des suites de la précarité énergétique, notamment de maladies telles que des infections respiratoires ou des problèmes cardiovasculaires. Nous n’avons pas d’études disponibles pour la France mais nul doute que les chiffres sont d’une ampleur comparable. L’enjeu du débat sur l’énergie dépasse donc la question de l’outil, nucléaire ou pas. Il est d’abord celui de l’impact social du passage d’une énergie abondante et bon marché à une énergie rare et chère. L’urgence sociale est de bâtir un véritable « plan Marshall » pour l’isolation des logements.

Mais, deuxième élément, avons-nous les moyens de mener de front une politique de maîtrise de l’énergie d’une part et de relance du nucléaire d’autre part ? L’étendue du déficit public et de la dette de l’État imposent de répondre négativement. Certes, les dépenses liées à l’isolation des logements sont le plus souvent privées – sauf dans le logement social. Mais nous savons aussi que faute d’une incitation publique forte, nous ne réussirons pas à déclencher les décisions d’effectuer des travaux, notamment dans les copropriétés. D’autant que les copropriétaires ont souvent acquis leur logement dans les années 70, sont aujourd’hui retraités et hésitent à investir dans des travaux dont l’amortissement se fait sur 20 ans. Pour la seule agglomération lyonnaise, nous avons évalué a plus de 4 milliards d’euros sur dix ans les fonds à mobiliser pour atteindre les objectifs d’isolation de logements que nous nous sommes fixés dans le cadre du plan climat. Pour l’ensemble du territoire français, il faut sans doute multiplier par 50 ! Sans une action forte de l’Etat, par les aides que par des incitations fiscales pour les propriétaires, aucune collectivité locale n’aura des moyens d’action suffisants et la facture énergétique va siphoner les revenus des ménages.

De son côté, le coût de la relance d’un nouveau programme nucléaire est difficile à chiffrer : le réacteur de nouvelle génération, l’EPR de Flamanville devait coûter moins de 2 milliards d’euros. Plus de 6 ont déjà été dépensés et ce n’est pas fini. Idem pour l’EPR construit par AREVA en Finlande qui accumule les retards et les surcoûts. Aucun investisseur privé n’est prêt à investir dans le nucléaire. Certains grands groupes, qui l’avaient envisagé, se sont empressés de se désengager. Aucun assureur n’accepte aujourd’hui d’assurer le risque nucléaire, a fortiori après Fukuschima. Bref, l’énergie nucléaire ne sera pas bon marché et ne permettra pas de répondre à la précarité énergétique.

Au-delà même des questions posées par la technologie nucléaire – risques, déchets – il faudra choisir entre combattre la précarité sociale, limiter le déficit de l’État et relancer le programme nucléaire. Ajoutons, en ces temps de crise de la dette publique, qu’investir dans la maîtrise de la demande énergétique ou dans les énergies renouvelables, c’est laisser une rente à nos enfants, puisque que les investissements réalisés ont une vie plus longue que la durée de leur amortissement comptable : une éolienne ou un panneau photovoltaïque continuent à produire de l’électricité après avoir été entièrement payés, et un immeuble reste isolé après que les travaux et l’emprunt nécessaire aient été intégralement remboursés. Au contraire, le nucléaire laisse des dettes à nos enfants – même quand il a fonctionné sans accident : le démantèlement des centrales a un coût quasi impossible à évaluer, et les déchets devront être surveillés pendant des milliers d’années. Ajoutons aussi que l’investissement dans le bâtiment et dans les énergies renouvelables est beaucoup plus riche en emploi qualifiés et non délocalisables, et donc en recettes fiscales pour l’État. Les études menées par l’association Négawatt l’ont montré sans contestation possible.

En conclusion, imaginons une victoire de la gauche en 2012, tant aux présidentielles que, plus important encore, aux législatives. La gauche tiendra pour le première fois tous les leviers, assemblée nationale, sénat, collectivités territoriales. Que se passera-t-il si, faute d’un diagnostic adéquat de la situation, une grande partie de français voit ses revenus réels diminuer et se sent basculer dans la pauvreté ? Pas besoin d’être très malin pour voir que les populistes de tous poils n’attendent que ça ! En ce sens, c’est clair, la question est avant tout politique !