Le futur plan local d’urbanisme de la métropole lyonnaise est-il compatible avec une transition écologique de notre territoire ?

Intervention faite lors du conseil de la métropole de Lyon le 11 mai 2015

Monsieur le président,
Chers collègues,

Juger des grandes  orientations de notre futur PLU-H, c’est d’abord juger de leur adaptation au contexte qui sera le nôtre dans les années à venir.  Et de ce point de vue, les rapports scientifiques se multiplient et convergent pour dire que nous allons vivre des grands bouleversements, dus à une accélération des phénomènes écologiques qui vont conjuguer leurs effets :

  • dans le domaine climatique, quel que soit le résultat de la COP 21 en décembre à Paris, il ne s’agit plus d’arrêter le réchauffement, mais de le limiter et d’adapter autant que faire se peut notre tissu urbain,
  • dans le domaine énergétique, malgré le yoyo actuel du prix du pétrole, nous allons dans les prochaines années entrer pour de bon dans la phase de raréfaction des énergies fossiles et des matières premières, ce qui va rendre inadaptée la forme urbaine issue du 20ème siècle et de la Charte d’Athènes.
  • Dans le domaine agricole, le mauvais état d’une grande partie des terres fertiles dans le monde va provoquer de grands désordres alimentaires, ce qui aura des conséquences sur le prix de l’alimentation ici aussi.

Première question : compte-tenu de ces prévisions, le PLU-H va-t-il dans la bonne direction ? Et deuxième question, va-t-il assez vite et assez loin, c’est-à-dire est-il à la hauteur des enjeux, et des ruptures nécessaires ?

Pour la première question, le PADD (nb : « projet d’aménegement et de développement durable », qui définit les grandes orientations du futur PLU) reprend et décline les orientations du schéma de cohérence territoriale que nous avions approuvé. Nous ne pouvons dans une courte intervention entrer dans le détail mais nous notons avec satisfaction  des évolutions importantes d’un PLU à l’autre, comme par exemple pour la première fois l’intégration des objectifs énergie-climat dans l’aménagement urbain.

Concernant notamment les réseaux énergétiques dans la planification urbaine, nous devrons intégrer les résultats du schéma directeur énergétique. Le PLU-H devra notamment réserver les emplacements pour les réseaux, je pense bien sûr en premier lieu au réseau de chaleur urbain, et aussi définir les endroits où la production d’énergie décentralisée est compatible avec les autres règles d’urbanisme, notamment celles relatives à la protection du patrimoine.

Nous souscrivons également aux objectifs de construire une ville des « courtes distances », et d’intégrer la nature en ville, comme élément de qualité de vie et aussi comme moyen d’adaptation au réchauffement climatique. Le PLU-H devra aussi, en cohérence avec le Plan des Déplacements Urbains réserver l’emprise nécessaire aux nouvelles lignes fortes de transports en commun, et adopter une réglementation du stationnement dissuadant l’usage de l’automobile pour les trajets pendulaires, c’est-à-dire domicile/travail.

Nous approuvons aussi l’objectif de protéger les espaces naturels et les terres agricoles et de valoriser l’activité agricole périurbaine.

Saluons au passage l’important travail de connaissance du patrimoine naturel qui a été engagé depuis plusieurs années et qui porte ses fruits aujourd’hui. Grâce au travail sur la trame verte et sur les corridors écologiques,  nous avons une connaissance bien meilleure des espaces et des espèces naturelles présentes sur notre territoire. Cela doit permettre à l’avenir d’aménager sans détruire, de concilier la protection des espèces et des espaces avec l’activité humaine.

Mais à la deuxième question,  notre PLU-H va-t-il assez vite et assez loin, nous avons encore à ce stade des interrogations, et si les orientations sont bonnes, c’est dans la manière dont elles seront déclinées que nous aurons des réponses.

Tout d’abord parce que les 4 objectifs qui nous sont proposés dans ces orientations peuvent être contradictoires : l’objectif du développement économique ne doit pas avoir pour conséquences de permettre de grands projets inutiles comme le serait le périphérique ouest, qui siphonnerait nos moyens d’actions en aggravant la dépendance du territoire aux énergies fossiles.

Par ailleurs, nous sommes inquiets de voir de belles orientations passées à la moulinette de la rationalisation budgétaire. C’est notamment le cas du logement, où nous devons absolument poursuivre notre effort, faute de quoi l’évolution urbaine due à la dynamique naturelle du marché irait au contraire des objectifs de solidarité et de mixité sociale qui nous sont chers.

C’est valable tant pour la production de logements neufs que pour la politique de réhabilitation thermique du logement qui doit absolument monter en charge pour éviter que le prix de l’énergie aggrave encore plus la fracture sociale.

Pour conclure, nous avons la conviction que seuls les territoires qui auront effectué une transition vers la sobriété des modes de vie seront capables de répondre aux besoins humains de leur population. Vous n’en serez pas surpris, notre clé de lecture du futur PLU-H sera de savoir s’il représente une réponse locale pertinente face aux désordres globaux que nous subissons déjà et qui vont aller en s’amplifiant. 

Pour aller plus loin, le lien
http://blogs.grandlyon.com/mavilleavenir/files/downloads/2013/07/PLUHorientationsPADD24_05_web.pdf

Comment réussir son jardin quand on a que le week-end à y consacrer ?

je ne jardine que le week end

La plupart des guides et conseils de jardinage sont faits pour les jardiniers assidus. Et quand on vit en ville et que l’on est pas retraité, entretenir un jardin potager où d’agrément est un luxe inaccessible.

Or, Sandrine Boucher et Alban Delacour vivent tous deux à Lyon et n’ont que le week-end pour entretenir leur jardin potager à quelques dizaines de km de Lyon. A partir de leur expérience ils nous proposent un petit livre précieux, très clair et très bien illustré, pour réussir un jardin potager ou d’agrément quand on ne peux pas s’y consacrer la semaine, et même pas tous les week-end…

Je connais bien et j’apprécie beaucoup Sandrine Boucher, à mon avis l’une des meilleures « plumes » de Lyon. C’est Sandrine qui a lancé et conduit jusqu’à l’an dernier le programme « Héros Ordinaires », dans le cadre du plan climat du Grand Lyon. Ce travail, réalisé en compagnie de jeunes volontaires du service civique,  a permis de découvrir et de mettre en valeur de nombreuses pratiques quotidiennes de personnes habitant la métropole lyonnaise, montrant qu’une transition écologique de notre agglomération est compatible avec une meilleure qualité de vie. Pour les curieux, voici le lien http://blogs.grandlyon.com/plan-climat/tag/heros-ordinaires/.

Revenons au jardinage. on trouve dans ce beau livre beaucoup de conseils et de « recettes » d’une grande clarté :

– savoir prendre son temps, laisser faire la nature,
– préparer un terrain sans se casser le dos,
– bien s’équiper sans se ruiner,
– choisir les variétés de légumes adaptés,
– comprendre quelques clés de botanique …

Cerise sur le gâteau, les illustrations sont nombreuses et superbes.

Selon les auteurs, cet ouvrage doit permettre de

« cultiver beau, bon, bio et SURTOUT avec le minimum d’entretien à fournir. Avis donc aux contemplatifs, amateurs de sieste mais aussi de bonnes choses dans l’assiette ».

Notons que ce livre est publié aux éditions Terre Vivante, ce qui est en soi un gage de sérieux. En tout cas, la lecture donne très envie de s’y mettre !

Je prends même le pari qu’il deviendra un classique du jardinage amateur !

Je ne Jardine que le Week End !
Sandrine Boucher & Alban Delacour
21 cm x 21 cm
120 pages
ISBN 9 782360 981694
14 €
Mars 2015
Editions Terre Vivante

naissance d’un « eco hacklab » à Lyon, tiers lieu consacré à la science citoyenne et au développement durable

Le problème des projets vraiment innovants, c’est qu’ils ne se rangent dans aucune catégories existantes.  Inclassable mais extrêmement intéressant, un nouveau tiers-lieu « la Paillasse sur Saône », a été inauguré le 28 avril dernier.

la paillasse sur saône 3

Comme il est difficile de décrire simplement ce beau projet, voici la description qu’en donne leur site web : « Le but: être un espace ouvert regroupant les fonctions de hacklab (laboratoire communautaire ouvert), fablab (laboratoire/atelier de fabrication) et espace de co-working (espace de travail partagé et en réseau), au service de l’expérimentation et du développement de projets bio-inspirés s’inscrivant dans une logique de soutenabilité/durabilité. La Paillasse Saône a pour vocation d’être un espace de LIBERTE, d’EXPERIMENTATION et d’INNOVATION CITOYENNE: un tiers-lieu open-source. (…) L’ambition de la Paillasse Saône est d’être une plateforme physique d’échange, de partage, de collaboration et co-construction de solutions durables et de réflexions par les citoyens au service de la société civile autour de projets (personnels ou collectifs) à l’interface entre technique, technologie, science et société. »

la paillasse sur saône 1

Logée tout près du campus de la Doua dans une villa désaffectée appartenant au Grand Lyon, la Paillasse  sur Saône regroupe déjà des projets alléchants :

– développement d’un système de micro-méthanisation à l’échelle d’un foyer ou d’un immeuble permettant notamment la valorisation des déchets ménagers pour la production de biogaz,

– prototype de boitier connecté pour gérer les différentes données d’un espace de coworking,

– application numérique pour rapprocher distributeurs et consommateurs dans la lutte contre le gaspillage alimentaire,

– modules aquaponiques et hydroponiques, travail sur les substrats légers et composites, dans une démarche d’économie circulaire,

– expérimentation sur la production de cellules photovoltaïques robustes, open source et appropriable – etc.

Science citoyenne, développement durable, low-tech, exigence de réalisations open source…  je crois que je vais les suivre de  près …

Bienvenue et longue vie à la Paillasse Saône ! https://lapaillassaone.wordpress.com/

boulanger et économie d’énergie : une action concrète du plan climat de la métropole lyonnaise

Denis Roisil dans sa boulangerie

Dans le cadre de son Plan Climat Energie, la métropole de Lyon a mis en place une action avec la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) et la Chambre des Métiers  et de l’Artisanat destinée à aider les entreprises et les artisans à économiser de l’énergie … et à contribuer aux objectifs de réduction des émissions de GES.

Ce dispositif « Lyon Eco-Energies » est géré concrètement par les deux chambres consulaires, avec le soutien de la métropole et de l’ADEME.

Un boulanger du quartier de la Martinière à Lyon a répondu à la proposition et a fait l’objet d’un conseil en énergie.

Economie potentielle : 1000 € par mois ! Pas mal pour un artisan, non ?

le lien :
http://blogs.grandlyon.com/plan-climat/2015/04/10/la-boulangerie-saint-vincent-met-la-main-a-la-pate-pour-realiser-des-economies-denergie/

Une réaction de Romain Blachier qui « ne veut pas aseptiser le derby »

Mon collègue et ami Romain Blachier – par ailleurs adjoint à la maire du 7ème – est en désaccord avec la tribune que j’ai co-signé avec Olivier Longeon et pense qu’il ne faut pas aseptiser le foot.
Voici sa réponse
http://www.lyonmag.com/article/72249/l-ol-et-les-gens-de-bon-gout

Stéphanois « parasites » ? L’inadmissible banalisation de l’idéologie identitaire dans les stades …

Ce fut un superbe derby. Engagé, âpre même avec au final un score qui permet à l’Olympique Lyonnais de continuer à rêver au titre et au podium pour l’ASSE. Et, foi de supporters stéphanois, elle a de la gueule et un talent fou cette jeune équipe de l’OL !

Seulement voilà, il y a eu un mot de trop, un mot lourd de sens. Un mot qui gâche la soirée. Juste avant le match, celui qui s’est vu confier par l’Olympique Lyonnais le soin d’animer les tribunes… et surtout un micro connecté à la sono du stade a lancé : « c’est sans doute le dernier derby à Gerland et il est impensable de ne pas remporter une victoire éclatante sur ces parasites ».

Stéphanois « parasites » ! Parasites, ce mot n’est pas innocent. Pour les nazis, les juifs étaient des parasites. Pour les génocidaires hutus, les Tutsis étaient des parasites. C’est-à-dire des gens à éliminer.

Simple connerie d’un supporter de football dont l’ignorance n’excuse même pas la débilité ? Pas sûr que cette explication soit suffisante …

D’abord parce que les tribunes populaires des clubs de football ont fait l’objet d’une stratégie délibérée d’entrisme et de contrôle de la part de l’extrême droite et des identitaires. Tribune Boulogne à Paris, groupe néonazi à Lyon, racisme omniprésent en Espagne et en Italie. Et ne parlons même pas du sinistre match entre Albanie et Serbie à l’automne, qui s’est terminé en bagarre générale dans le stade à cause d’un drapeau, et des supporters serbe criant « tuez, tuez les albanais ». Les clubs de football ont partout dû faire face, avec une volonté très variable, à la prise de pouvoir de noyaux d’extrême droite dans les clubs de supporters.

Ensuite parce qu’il ne s’agit pas d’un phénomène isolé. Le racisme dans le football est un phénomène malheureusement récurrent. La violence aussi, et elle déborde des stades : il y a quelques mois, une famille en voiture a été prise en chasse par un groupe de supporters lyonnais violents dans une station-service autoroutière au simple prétexte qu’elle était immatriculée dans la Loire.

Enfin, parce que c’est à notre connaissance la première fois qu’une personne s’adressait ainsi à un stade rempli.

La seule réponse des autorités politiques et de celles du football est parfaitement stupide. Au lieu de traiter le problème, on pratique une politique de prix destiné à éloigner des stades le public populaire, supposé violent. Cela a d’abord été le cas en Angleterre, c’est la politique du Paris-Saint-Germain aujourd’hui et ce sera sans doute celle de l’Olympique Lyonnais dans son nouveau grand stade. Cela traduit un profond mépris de la droite et de la gauche bien-pensante des formes d’expression populaire. Salauds de pauvres !

Ce n’est pas en éloignant et en méprisant les pauvres, que l’on enrayera l’évolution violente et raciste de la société. Pendant ce temps, l’extrême droite continue à infuser sa pensée raciste et à gangrèner dans des proportions de plus en plus importantes notre société, sur fond de crise économique et politique.

Par leur popularité, les clubs de football ont une responsabilité politique. Ils ne peuvent se contenter d’être des entreprises d’organisation de spectacles sportifs ayant pour seul objectif la rentabilité.

Nous ne pouvons pas faire semblant de ne pas voir, ou de minorer le problème en le prétendant isolé. Nous devons éradiquer le racisme et réhabiliter la culture populaire. Sinon, nous assisterons à une multiplication des conflits et des crimes identitaires et racistes. Ici même, en France et dans toute l’Europe.

Et le processus est déjà bien lancé.

tribune cosignée avec Olivier Longeon, 1er vice-président de la commission sport de la Région Rhône-Alpes

Le lobby nucléaire en forme atomique !

Les écolos sont dispersés façon puzzle ? C’est donc le moment de lancer la bataille contre la transition énergétique. Et de rendre coup pour coup : on annonce une énième malfaçon sur l’EPR, une panne de Fessenheim ? Je reçois le lendemain (et sans doute les autres élu-es du Grand Lyon aussi) un courriel d’un type que je ne connais pas qui me conseille des lectures qui doivent me prouver que « le nucléaire est au coeur de la transition énergétique ». Je ne lui ai pas encore répondu pour le remercier … et peut-être lui conseiller d’autres lectures ;-).

Mais parfois, l’effet est inverse : l’ADEME s’est vue interdire de sortir un rapport qui a nécessité plusieurs années de travail sur un scénario d’électricité 100% renouvelables en 2050. Oser dire qu’on pourrait techniquement se passer du nucléaire, c’est absolument scandaleux !!!

Mais, et vive les réseaux sociaux, l’interdiction fait plus de bruit que la publication ! Bon, du coup le deuxième étage, c’est de dire que les ingénieurs de l’ADEME sont incompétents.

Ben voyons !

Alors face à la censure, lisons et partageons ce rapport ! Et répétons que la transition énergétique est bonne pour tout le monde… sauf pour les puissants du lobby nucléaire …

http://www.mediapart.fr/article/offert/5d8133121241dfc174b40b5f579b9431

Mieux vaut des cons qui courent plutôt que des citoyens qui réfléchissent ! Surtout s’ils sont pauvres !

(ce texte date de 2010, où le gouvernement de l’époque voulait supprimer le CAPES de langues anciennes. Le débat rebondit aujourd’hui – http://focuscampus.blog.lemonde.fr/2015/04/04/labandon-progressif-du-latin-et-du-grec-un-contresens-majeur/# alors je le republie !)

Sans la protestation d’enseignants, le projet d’abandon progressif de l’enseignement des langues anciennes, latin et grec ancien, serait passé inaperçu. Mais à quoi sert donc l’enseignement des langues anciennes dans l’école publique, spécialement pour les enfants de pauvres, pardon de classes populaires, dont la préoccupation essentielle est de trouver un emploi ? A-t-on besoin d’étudier le latin ou le grec pour être vendeuse, ou au mieux commerciale, ou mécano, ou boulanger ?

Fils d’ouvrier, j’ai étudié le grec ancien dans mon collège « populaire », prolo si vous préférez, puis au lycée. Et je peux témoigner que cet apprentissage, en plus de vous donner une meilleure compréhension de la langue française, est une porte ouverte vers les textes fondateurs de notre civilisation occidentale, vers l’acquisition d’une culture classique. C’est même la seule pour beaucoup, pour qui l’environnement familial n’y donne pas accès.

Mais à quoi sert de donner une culture générale aux gosses des pauvres ? Et bien si l’accès à la citoyenneté passe par la compréhension du monde où nous vivons ensemble, cela passe par l’étude des auteurs classiques. S’ils sont lus depuis des centaines voire des milliers d’années, c’est qu’ils ont apporté une contribution importante à notre civilisation, c’est à dire à notre façon de construire ce vivre ensemble !

Je ne me fais pas de souci pour les gosses de riches, qui certes n’y sont pour rien : les écoles privées notamment catholiques continueront à enseigner ces matières afin de donner une culture générale aux enfants plus favorisés. Et comme la sélection pour l’accès aux grandes écoles passe par la culture générale, nul doute que le nombre de fils d’ouvrier dans les grandes écoles va encore diminuer.

Mais qui veut de la mobilité sociale ? Chacun doit rester à sa place ! Enfant de l’école publique, devrais-je mettre ma fille à l’école privée pour lui permettre d’acquérir une culture générale et une formation solide ?

Je voudrais ajouter un retour d’expérience personnel. Puisque une partie importante des classes populaires sont enfants et petits-enfants d’immigrés maghrébins, parler de la culture antique à ces enfants, c’est découvrir que beaucoup de légendes grecques ou romaines ont leur équivalent dans la culture maghrébine. C’est apprendre que nous vivions dans un monde commun avant que le Christianisme puis l’Islam ne nous séparent. Que l’on pense seulement à l’Odyssée d’Homère et aux lieux que le poète grec met en scène ! C’est aujourd’hui fondamental alors qu’on ne met l’accent que sur ce qui nous sépare, qu’une vision communautariste et raciste du monde nous est imposée de partout.

Alors, quelle vision de l’école pour les pauvres ? Le gouvernement a répondu en créant des collèges à horaire aménagés : cours le matin et sport tous les après-midi. Pourquoi seulement du sport et pas des activités culturelles et des pratiques artistiques ? Ca me paraît clair : mieux vaut des cons qui courent que des citoyens qui réfléchissent ! Faudrait tout de même pas remplir les cerveaux de nos pauvres, comment TF1 pourrait-elle vendre de l’espace de cerveau disponible à Coca-cola ?

Pour le gouvernement de Nicolas Sarkozy, les pauvres, et ils sont de plus en plus nombreux, se gouvernent par la discipline et la crainte – et on multiplie les lois répressives ; s’occupent par les jeux et paris sportifs, et on multiplie le sport à la télé, on autorise la multiplication des sociétés de paris en ligne, véritable appel d’air pour la mafia ; et pour « tenir » tout ça, on renvoie chacun à sa supposée communauté d’origine, structurée par sa religion.

Nous assistons à la concrétisation politique d’une pensée ultra-réactionnaire bien définie au 19ème siècle par un Joseph de Maistre. C’est à dire à un combat permanent contre l’idée et les acquis de notre République. Liberté, Égalité, Fraternité méritent-ils d’être encore d’être au fronton de nos mairies ? Oui, comme une devise de combat plus que comme un constat !

Pour ma part je veux faire mien un principe sans âge :

fiat justitia, et pereat mundus

Le gouvernement ferait bien de le méditer !

Les droits humains feront-ils trembler le capitalisme ? Une proposition de loi à soutenir !

Une poignée de députés fait trembler les grands groupes capitalistes, à tel point que le quotidien « les échos » leur a consacré sa une (hier) !

Parmi eux, je suis heureux de compter mes amis Barbara Romagnan, députée de Besançon et Dominique Potier, député de Meurthe et Moselle, agriculteur et proche de la confédération paysanne – qui a eu l’excellente idée de battre Nadine Morano lors des dernières législatives !

L’objet du crime : une proposition de loi visant à rendre les maisons mères responsables des atteintes aux droits humains dont leur filiale se rendent coupables. C’était à l’origine une proposition de loi du groupe écologiste qui a été reprise et modifiée (plus de responsabilité pénale mais une responsabilité civile) et discutée en commission. Elle sera présentée dans l’hémicycle le 30 mars prochain. Panique des grands groupes qui hurlent à la menace sur la compétitivité des entreprises françaises !
Mais alors … doit-on en conclure que la libre concurrence non encadrée ne tire pas vers le haut les droits humains mais vers le bas ? Pas possible !
Et si au contraire empêcher d’exploiter honteusement les pays du sud redonnait de la compétitivité à ce qui est produit sur notre territoire ?

Cela vaudrait le coup de se mobiliser pour cette proposition de loi !

http://business.lesechos.fr/directions-juridiques/0204215304711-sous-traitance-filiales-la-loi-qui-affole-les-grands-groupes-108957.php

Réponse à l’édito de François Sapy, directeur de publication de La Tribune de Lyon

Cher François Sapy,

 

Nous ne nous connaissons pas beaucoup, mais quelle mouche à miel a bien pu vous piquer pour écrire, dans votre dernier édito, autant d’âneries en si peu de mots ? Quelqu’un vous a donc dit « que j’aurais dit », « en  marge d’un discours célébrant une nouvelle expérimentation à base d’abeilles sur la métropole que c’était un chouette truc, parce que pour une fois on parlait d’autre chose que d’économie ». Et vous trouvez ça profondément idiot.

Bon déjà, je ne me souviens pas d’avoir prononcé ces paroles. Et par ailleurs, on parle souvent d’autre chose que d’économie, et heureusement !

 

Mais peu importe, puisque vous trouvez ça vraisemblable, je dois donc vous répondre sur le fond !

Tout d’abord, vous faites une erreur quand vous parlez d’une « nouvelle expérimentation à base d’abeilles sur la métropole ». Il s’agissait en fait de la clôture d’un projet qui a duré 5 ans, « urbanbees », qui a consisté à étudier les insectes pollinisateurs en milieu urbain. Il existe en effet des milliers d’espèces d’abeilles (1000 sur le territoire français), qui participent à la pollinisation des plantes. Une seule espèce, l’abeille domestique ou mellifère, produit du miel. L’expérimentation en question étudiait toutes les autres.

Ce travail exceptionnel a été initié sous les auspices de l’Union Européenne par une association locale très dynamique, Arthropologia, en coopération avec l’Institut National de la Recherche Agronomique (l’INRA). Je vous invite à le découvrir sur le site web http://www.urbanbees.eu/, comme des milliers de grands lyonnais l’ont découvert grâce aux visites des 16 sites où ont été installés des spirales à plantes aromatiques ou des « hôtels » à insectes.

Grâce à Arthropologia et à l’INRA, l’Union Européenne a choisi la Métropole Lyonnaise comme lieu d’innovation pour proposer les résultats à toutes les villes européennes. Ce programme a aussi beaucoup fait parler de Lyon à l’étranger, mais La Tribune de Lyon ne s’y est pas vraiment intéressée, ce que je regrette.

Oui mais bon, selon vous : «les petites abeilles qui bourdonnent on s’en fiche un peu. En revanche, le jour où il n’y en aura plus, cela mettra en péril l’agriculture mondiale. C’est donc un problème fondamentalement économique ».

Là cher François Sapy, nous avons effectivement une très grosse différence d’appréciation.

Non, les « petites abeilles », on ne s’en fout pas ! La nature a une valeur en soi, qui ne se réduit pas à sa valeur économique. D’ailleurs, si on pose que la nature, les plantes, les animaux, les écosystèmes  n’ont de valeur qu’économique, on finit logiquement le raisonnement en concluant que l’objectif de la vie est de s’enrichir ou de consommer. Ce n’est pas ma manière de voir les choses. Et en détruisant la vie sur terre, l’humanité finit par détruire les conditions de sa propre survie. Et c’est ça qui est, à mon avis, complètement idiot !

Pour approfondir, nous vivons un moment historique où pour la première fois dans l’histoire de l’humanité la majorité des humains vivent en ville. Et pour assurer la survie de l’humanité, il faut transformer nos villes et faire rentrer la nature à l’intérieur. Urbanbees n’est que l’un des projets que nous avons lancés. Protection des espaces naturels et agricoles (PENAP), recensement exhaustif de la biodiversité sauvage dans le Grand Lyon, (nous sommes la première agglomération européenne à avoir conduit ce travail), travail sur les continuités écologiques, les « corridors écologiques » (travail de grande qualité réalisé par l’agence d’urbanisme et les associations) etc. Tous ces sujets feraient sans doute de beaux articles dans la tribune de Lyon, si votre journal daignait s’y intéresser.

 

Oui mais bon, et l’économie dans tout ça, puisque vous me reprochez de l’ignorer ?

C’est amusant d’ailleurs, le lien que vous faites entre les abeilles et l’économie. Depuis la « fable des abeilles » écrite par Bernard de Mandeville en 1714, les abeilles ont été instrumentalisées par beaucoup d’économistes. L’économiste  Friedrich Hayek, qui est encore la bible des ultra-libéraux y voyait une apologie du libéralisme, tandis que JM Keynes y voyait une explication de la nécessité de l’intervention publique dans l’économie. Comme d’habitude, chacun voit dans la nature ce qu’il a envie d’y voir et surtout ce qui appuie sa théorie : concurrence et lutte pour la survie pour Darwin (ce qui a donné quelques-unes des monstruosités politiques du 20ème siècle) ou coopération pour l’anarchiste Kropotkine et ses nombreux successeurs.

 

Mais, et c’est sans doute ce que vous avez voulu dire – parce que vos propos ne sont pas d’une clarté limpide – c’est qu’opposer économie et écologie serait une erreur. Là, je suis d’accord avec vous. Mais pas pour les mêmes raisons.

Vous pensez que l’écologie ne doit pas brider l’économie – et vous soutenez par exemple ce projet complètement idiot de nouvelle autoroute A45 entre Lyon et Saint-Etienne. Moi,  je pense que l’économie doit intégrer les limites matérielles de la planète, l’épuisement de la capacité d’absorption et de recyclage des déchets par la biosphère et le caractère non renouvelable des ressources. Vous êtes aussi sans doute ravi que Dassault aviation vende enfin son avion, le Rafale, à un gouvernement qui met les athées en prison pour « insulte aux religions ». Moi pas. L’économie, la croissance et l’emploi ne justifient pas tout.

La croissance justement. Beaucoup de responsables politiques, qui se sont intellectuellement construits pendant les « 30 glorieuses », pensent encore qu’elle est l’alpha et l’oméga de toute politique. Et que dans une situation de crise, la croissance est nécessaire pour résorber la pauvreté. Cela semble être votre cas.

Pourtant, les travaux d’économistes démontrant l’erreur de ce raisonnement se multiplient. Je vous recommande notamment les travaux de Tim Jackson (« prospérité sans croissance »), ou en France d’Eloi Laurent ou encore de Gaël Giraud. Peut-être qu’une mise à jour de votre pensée économique est nécessaire, non ?

 

Et concrètement ?

Là, je sais, vous êtes en train de penser, « ce type vit dans la théorie, mais en pratique il est dangereux pour préserver le tissu industriel de notre agglomération ».

Là encore, regardez concrètement ce qui se passe dans notre métropole. L’an dernier, un de vos confrères avait chiffré à au moins 600 millions d’euros le montant des investissements déclenchés par le plan climat-énergie dont j’ai la responsabilité : réseaux électriques intelligents (« smartgrids »), nouvelle usine/laboratoire de production de biogaz (projet Gaya), ou préfiguration de l’usine de demain (projet IDEEL) dans la vallée de la chimie, investissements dans les réseaux de chaleur, dans les transports « doux » ou innovation dans les motorisations. Et ce n’est qu’un début : la réhabilitation thermique des logements est une nécessité tant écologique que sociale, et représente un chiffre d’affaire à réaliser de plusieurs milliards d’euros d’ici 2020.

Et ça continue : savez-vous  que Solvay et la Caisse des Dépôts « Climat » (filiale de la CDC) vont investir près de 30 millions d’euros dans la vallée de la chimie pour améliorer l’efficacité énergétique de l’entreprise (votre confrère Les Echos, mieux informé, s’en est fait l’écho dans ses colonnes la semaine dernière). Connaissez-vous le projet Hiway qui regroupe des entreprises comme la CNR ou l’Air liquide ou La Poste et une start-up comme Symbio-Cell autour de la motorisation à hydrogène ?

Tous ces projets pourraient aussi faire de beaux articles pour La Tribune de Lyon, non ?

Il faut une vision partagée de l’avenir pour tirer notre agglomération vers le haut. La transition écologique nous offre un cadre qui allie responsabilité, dynamisme et solidarité. Et c’est pour moi une fierté de constater que le plan-climat énergie du Grand Lyon est aujourd’hui un facteur de dynamisme économique pour notre métropole. Et nous sommes en train de tenir nos objectifs climat (de manière contrastée : nous sommes en avance sur les objectifs transports et en retard sur les objectifs d’isolation des logements).

Des industriels lyonnais m’ont personnellement dit : « on a tous compris la nécessité d’une transition écologique, et de toutes façons la sobriété énergétique est une nécessité pour nous en terme de compétitivité. Sinon, nous serons délocalisés. Mais il faut que le politique nous donne le cadre et l’impulsion. » C’est cette demande qui a été à l’origine de la conférence locale énergie climat que j’anime. Et ça fonctionne. À tel point que j’ai moi-même du mal à connaître tous les projets !

D’autres enjeux nous attendent pour ce mandat, puisque Gérard Collomb m’a confié la responsabilité de concevoir et de mettre en œuvre une politique agricole pour notre agglomération. Là encore, la conciliation entre une activité économique importante (et en difficulté réelle), la préservation de la biodiversité, des milieux naturels et de la santé, tant des agriculteurs que des consommateurs, est un défi que j’aborde avec envie et enthousiasme, et avec quelques idées…

 

Pour conclure, pour vous éviter, à la Tribune de Lyon, d’être au journalisme ce que Carla Bruni est à la musique (« quelqu’un m’a dit »…), je vous invite à déjeuner un jour de votre choix pour parler directement et sans intermédiaire, d’économie, de politique, de journalisme aussi et même un peu de la vie si vous voulez !

 

 

Bien à vous,

 

Bruno Charles